{"id":3138,"date":"2016-04-05T18:49:19","date_gmt":"2016-04-05T17:49:19","guid":{"rendered":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/?page_id=3138"},"modified":"2016-04-05T18:51:58","modified_gmt":"2016-04-05T17:51:58","slug":"interview-du-dossier-de-presse","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/comedie\/realisatrice\/tout-le-plaisir-est-pour-moi\/interview-du-dossier-de-presse\/","title":{"rendered":"Interview"},"content":{"rendered":"<p><strong>Pour ceux qui auraient vu vos courts-m\u00e9trages, plut\u00f4t graves, tout comme le t\u00e9l\u00e9film que vous avez r\u00e9alis\u00e9 pour Arte, le parti pris de la com\u00e9die pour votre premier long-m\u00e9trage peut surprendre\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Sauf que j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 la FEMIS par des com\u00e9dies\u2026 La com\u00e9die permet d\u2019aborder des sujets graves sans en avoir l\u2019air. Je ne me reconnaissais pas dans ces images de sexe arrogantes ou perverses souvent mises en avant aujourd\u2019hui. Je voulais faire un film qui parlerait de sexualit\u00e9 avant tout sous l\u2019angle du plaisir. Et comme rire fait partie des plaisirs de la vie, la com\u00e9die s\u2019est impos\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame. Mais elle n\u2019emp\u00eache pas \u2013 au contraire \u2013 d\u2019aborder au passage des sujets s\u00e9rieux, comme le rapport des femmes \u00e0 leur corps, les relations entre les femmes et les hommes, ou l\u2019importance d\u2019une parole libre et sereine pour une sexualit\u00e9 heureuse.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi vouloir parler du clitoris\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Parce qu\u2019on n\u2019en parle pas, justement. Comme me le faisait remarquer un m\u00e9decin, contrairement au p\u00e9nis, le clitoris n\u2019est m\u00eame pas \u00e9tudi\u00e9 pendant les \u00e9tudes de m\u00e9decine parce qu\u2019il ne \u00ab\u00a0sert \u00e0 rien\u00a0\u00bb, \u00e0 rien d\u2019autre qu\u2019au plaisir. Mais c\u2019est \u00e7a qui est beau\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Comment d\u00e9finiriez-vous Louise, votre h\u00e9ro\u00efne\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Louise est un trublion qui d\u00e9range, en disant des choses qui \u00ab\u00a0ne se disent pas\u00a0\u00bb, en obligeant les autres \u00e0 voir en eux des choses que peut-\u00eatre ils pr\u00e9f\u00e8reraient ne pas voir, en les poussant \u00e0 se montrer vrais, malgr\u00e9 eux. Elle est enti\u00e8re, directe &#8211; trop -, n\u00e9vros\u00e9e aussi \u2013 tr\u00e8s -, et pas toujours tr\u00e8s fine psychologue. Alors elle provoque des d\u00e9g\u00e2ts. \u00c9videmment, le paradoxe de ce personnage, c\u2019est qu\u2019elle est peut-\u00eatre au bout du compte celle qui se ment le plus \u00e0 elle-m\u00eame, en refusant de se reconna\u00eetre amoureuse de Fran\u00e7ois. Ce n\u2019est que quand elle aura perdu tous ses rep\u00e8res, et qu\u2019autour d\u2019elle, les autres auront retrouv\u00e9 leur point d\u2019\u00e9quilibre, qu\u2019elle l\u00e2chera enfin prise, et pourra \u00eatre dans la sinc\u00e9rit\u00e9 de ses sentiments.<\/p>\n<p><strong>Louise dit avoir \u00ab\u00a0perdu \u00bb son clitoris. Comment en arrive-t-on \u00e0 une id\u00e9e pareille\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je voulais parler du plaisir, et de mani\u00e8re ludique. D\u2019o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de partir \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019envers\u00a0\u00bb\u00a0: non pas d\u2019une fille qui n\u2019a jamais eu de plaisir et qui le cherche, mais au contraire d\u2019une fille qui sait ce qu\u2019elle a perdu, et qui veut le retrouver \u2013 et pour qui la sexualit\u00e9 n\u2019est pas tabou.<\/p>\n<p><strong>Parce que vous trouvez que c\u2019est encore tabou\u00a0? On vit pourtant dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 le sexe est omnipr\u00e9sent\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Oui, sur les affiches, dans les pubs ou les magazines. Mais ce n\u2019est pas pareil dans la\u00a0\u00ab\u00a0vraie vie\u00a0\u00bb. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s frapp\u00e9e en \u00e9crivant ce film et en en parlant autour de moi, de voir \u00e0 quel point les femmes s\u2019accommodent encore souvent d\u2019une sexualit\u00e9 qui n\u2019est pas r\u00e9ellement \u00e9panouissante. Certes, elles sont \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9es\u00a0\u00bb et parlent de sexualit\u00e9 plus facilement qu\u2019avant entre elles, mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup plus compliqu\u00e9 avec les hommes ou dans le couple\u2026 Comme Louise, je pars du principe qu\u2019aujourd\u2019hui, que l\u2019on ait ou pas du plaisir dans un couple, on peut en parler, et on doit pouvoir en parler. Mais c\u2019est loin d\u2019\u00eatre toujours le cas.<\/p>\n<p><strong>Le film commence par une sc\u00e8ne d\u2019amour sexuellement tendre entre Louise et Fran\u00e7ois. Comment filmer une sc\u00e8ne d\u2019amour\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En filmant le plaisir. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment une sc\u00e8ne d\u2019amour, pas une sc\u00e8ne de baise. Louise et Fran\u00e7ois sont complices dans la tendresse et le jeu, ils parlent ensemble de leur plaisir\u2026 L\u2019enjeu \u00e9tait de montrer que Louise \u00e9tait amoureuse de Fran\u00e7ois, m\u00eame si elle ne le sait pas elle-m\u00eame. Un peu dans la tradition de ces \u00ab\u00a0com\u00e9dies de remariage\u00a0\u00bb des ann\u00e9es 40, o\u00f9 l\u2019on voit un couple qui s\u2019aime, se s\u00e9pare, et apr\u00e8s, pendant tout le film, on attend qu\u2019ils se remettent ensemble. Autant Louise est n\u00e9vros\u00e9e, et du coup fragile, aga\u00e7ante souvent, insupportable parfois, autant Fran\u00e7ois est vraiment quelqu\u2019un de bien, g\u00e9n\u00e9reux, attentionn\u00e9, qui, lui, assume ses sentiments. Et comme Julien Boisselier est un com\u00e9dien remarquable, tout en nuances et en subtilit\u00e9s, avec une vraie pr\u00e9sence et un charme fou, on a d\u2019autant plus envie qu\u2019ils se retrouvent \u00e0 la fin\u2026<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9senter Fran\u00e7ois \u00e0 ses parents devient un enjeu pour Louise\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Oui, parce que sa m\u00e8re et sa s\u0153ur en font toute une histoire. Officialiser son couple avec Fran\u00e7ois, c\u2019est prendre le risque de perdre le d\u00e9sir, en le consid\u00e9rant comme acquis. Pour renouveler le d\u00e9sir tous les jours, elle pr\u00e9tend qu\u2019ils ne sont pas ensemble. C\u2019est presque un jeu entre eux, qui consiste \u00e0 constamment tester le d\u00e9sir de l\u2019autre, et qui masque surtout un profond d\u00e9sarroi. Chacun dit l\u2019inverse de ce que l\u2019autre voudrait entendre, et c\u2019est vite l\u2019escalade. En jouant ces sc\u00e8nes avec une profonde sinc\u00e9rit\u00e9, Marie et Julien ont cr\u00e9\u00e9 une bulle de r\u00e9alit\u00e9 et d\u2019humanit\u00e9 au c\u0153ur de la com\u00e9die.<\/p>\n<p><strong>Pour d\u00e9finir sa \u00ab\u00a0panne\u00a0\u00bb, Louise parle d\u2019un probl\u00e8me \u00ab\u00a0m\u00e9canique\u00a0\u00bb.<\/strong><\/p>\n<p>Elle se voile la face. Elle vit dans l\u2019instant, dans le plaisir imm\u00e9diat, elle a peur de la routine et des compromis que repr\u00e9sente le couple tel qu\u2019elle le voit chez ses parents ou sa s\u0153ur. Franchement, il y a de quoi \u00eatre bloqu\u00e9 en entendant F\u00e9licie raconter comment elle simule pour faire plaisir \u00e0 son mari,\u00a0et dire que c\u2019est \u00e7a, l\u2019amour\u00a0! Et surtout, Louise pense qu\u2019elle peut tout contr\u00f4ler. Elle va apprendre \u00e0 ses d\u00e9pens qu\u2019on ne contr\u00f4le pas toujours ses \u00e9motions et ses sentiments \u2013 et heureusement\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Louise entreprend une recherche m\u00e9thodique pour trouver une solution \u00e0 son probl\u00e8me. Avec sa gyn\u00e9cologue, il y a incompr\u00e9hension, et sa consultation chez le sexologue n\u2019est pas vraiment convaincante\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>La gyn\u00e9cologue lui dit d\u2019embl\u00e9e, \u00ab\u00a0vous n\u2019avez aucun probl\u00e8me physiologique, vous faites peut-\u00eatre un blocage\u00a0? \u00c7a se passe bien avec votre petit-ami\u00a0?\u00a0\u00bb Le spectateur doit \u00eatre inform\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part que Louise fait fausse route. La \u00ab\u00a0perte\u00a0\u00bb de son clitoris n\u2019est finalement pour elle qu\u2019un pr\u00e9texte pour ne pas voir que son v\u00e9ritable enjeu, c\u2019est Fran\u00e7ois. Comme lui disent les femmes africaines, \u00ab\u00a0vous n\u2019avez pas \u00e9t\u00e9 excis\u00e9e, alors ce n\u2019est pas grave\u00a0\u00bb. Par contre, elle est en train de sacrifier sa relation avec l\u2019homme qu\u2019elle aime. Le spectateur le sait, et \u00e0 chaque fois que Louise dit, \u00ab\u00a0on est s\u00e9par\u00e9s\u00a0\u00bb, il pense, \u00ab\u00a0quel g\u00e2chis !\u00a0\u00bb. Avec le sexologue, c\u2019est autre chose. Comme on sait qu\u2019elle est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque, on peut s\u2019amuser du ridicule de la situation. On rit d\u2019elle, parce qu\u2019on rit de nos propres failles, de nos propres faiblesses. Comme quand elle s\u2019\u00e9nerve contre son propri\u00e9taire au lieu d\u2019essayer de rattraper Fran\u00e7ois qui vient de claquer la porte\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Le \u00ab\u00a0il faut laisser couler\u00a0\u00bb du marabout pourrait \u00eatre celui d\u2019un psy\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, sauf que comme Louise rejette tout ce qui touche \u00e0 l\u2019inconscient, elle n\u2019irait jamais voir un psy d\u2019elle-m\u00eame\u2026 L\u00e0, totalement d\u00e9boussol\u00e9e, elle \u00e9coute enfin. Et le \u00ab\u00a0laissez couler\u00a0\u00bb, est aussi une fa\u00e7on de lui dire, \u00ab\u00a0cessez de vouloir tout contr\u00f4ler \u00bb. En fait, cette sc\u00e8ne avec le marabout est presque une le\u00e7on de vie que je me donne \u00e0 moi-m\u00eame\u00a0! Tous mes courts-m\u00e9trages sont quasiment construits sur le m\u00eame sch\u00e9ma, une fille qui se bat contre elle-m\u00eame et ses \u00e9motions, et qui finit par l\u00e2cher prise en \u00ab\u00a0laissant couler\u00a0\u00bb ses larmes\u2026 \u00c0 trente ans, Louise a le choix\u00a0: devenir adulte, accepter de prendre le risque de s\u2019engager dans sa vie amoureuse et dans sa vie professionnelle, ou alors continuer \u00e0 se comporter comme une adolescente, \u00e0 papillonner, et \u00e0 faire des crises.<\/p>\n<p><strong>Louise provoque un raz-de-mar\u00e9e de plaisir pour toute sa famille. Sa m\u00e8re devient\u00a0une autre femme,\u00a0totalement \u00ab \u00e9panouie \u00bb\u2026<\/strong><\/p>\n<p>En obligeant les autres \u00e0 se confronter \u00e0 leurs compromis et leurs arrangements avec la vie, Louise provoque en effet des d\u00e9g\u00e2ts. Elle est enti\u00e8re, elle ne veut pas d\u2019une vie de faux-semblants, mais elle ne demande pas aux autres si \u00e7a leur convient ou non, elle les pousse dans leurs retranchements, et ils ne le vivent pas toujours bien sur le moment. Mais en m\u00eame temps, elle d\u00e9clenche une parole \u00ab\u00a0vraie\u00a0\u00bb et lib\u00e9r\u00e9e des carcans et des conventions. Sa s\u0153ur reconna\u00eet simuler pour rassurer son mari, sa m\u00e8re d\u00e9crit une quasi prostitution conjugale. D\u2019un coup, Louise fait sauter les verrous. Chez F\u00e9licie et Thomas, la m\u00e9diocrit\u00e9 de leurs relations sexuelles vient avant tout d\u2019un manque de dialogue et de communication entre eux, mais ils s\u2019aiment vraiment, et cherchent ensemble comment sauver leur couple. \u00c0 la fin du film, ils r\u00e9ussissent \u00e0 concilier vie de couple et vie sexuelle \u00e9panouissante. Alors que chez les parents, la prise de conscience des trop grands compromis consentis au fil des ann\u00e9es sert de d\u00e9tonateur, et le couple explose.<\/p>\n<p><strong>Vous offrez au p\u00e8re une belle sc\u00e8ne d\u2019\u00e9motion.<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait important de ne pas rester sur le point de vue de la m\u00e8re quand elle dit que, \u00ab\u00a0simuler est une preuve d\u2019amour\u00a0\u00bb, car le p\u00e8re passait pour un homme qui ne voit rien, et laisse faire. L\u00e0, il confie \u00e0 sa fille, \u00ab je sais qu\u2019elle n\u2019a pas de plaisir, surtout ne crois pas que je n\u2019en souffre pas.\u00a0\u00bb Les hommes n\u2019ont rien \u00e0 y gagner quand les femmes simulent.<\/p>\n<p><strong>Les hommes sont plut\u00f4t attachants dans votre film.<\/strong><\/p>\n<p>Fran\u00e7ois, c\u2019est l\u2019homme dont on r\u00eave toutes. Intelligent, compr\u00e9hensif, il a de l\u2019humour, il fait bien l\u2019amour\u00a0! Mais Thomas aussi est un personnage que j\u2019aime beaucoup. Quand il surprend sa femme avec l\u2019abeille-suceuse, il r\u00e9agit plut\u00f4t bien. Ils parlent de leurs probl\u00e8mes, consultent le sexologue, suivent ses conseils, et finissent par s\u2019\u00e9clater ensemble\u2026<\/p>\n<p><strong>Louise retrouve le plaisir lorsqu\u2019elle ose s\u2019avouer son amour pour Fran\u00e7ois.<\/strong><\/p>\n<p>En fait, elle arrive tout juste \u00e0 lui dire \u00ab\u00a0tu vas me manquer\u00a0\u00bb\u00a0! Mais en effet, elle l\u00e2che prise, et se r\u00e9concilie avec elle-m\u00eame, et avec ses sentiments. \u00c0 force de se mentir \u00e0 elle-m\u00eame, elle risquait de finir par se perdre vraiment\u2026 Elle s\u2019engueule avec tout le monde, perd son mec, son boulot. Et plus elle est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque, plus elle s\u2019enfonce, plus les autres d\u00e9couvrent leur plaisir. Son \u00ab\u00a0l\u00e2cher-prise\u00a0\u00bb est aussi peut-\u00eatre aid\u00e9 par celui de sa m\u00e8re qui renonce \u00e0 diriger sa vie et lui dit, \u00ab\u00a0tout ce que je veux, c\u2019est que tu sois heureuse\u00a0\u00bb. Louise n\u2019est plus oblig\u00e9e de se d\u00e9finir en opposition \u00e0 l\u2019image de ce que sa m\u00e8re attend d\u2019elle.<\/p>\n<p><strong>La peur d\u2019assumer ses sentiments et de s\u2019engager dans une vie d\u2019adulte refl\u00e8te-t-elle un trouble g\u00e9n\u00e9rationnel chez les trentenaires\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je ne veux pas parler en leur nom\u2026 Mais c\u2019est s\u00fbr, Louise est une jeune femme d\u2019aujourd\u2019hui, ind\u00e9pendante, active, urbaine. Et sa peur de s\u2019engager, de perdre sa libert\u00e9, de se retrouver enferm\u00e9e dans les contraintes et les concessions que repr\u00e9sente souvent le couple, est tr\u00e8s certainement partag\u00e9e par de nombreuses jeunes femmes.<\/p>\n<p><strong>Vous mettez en sc\u00e8ne plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de femmes\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, c\u2019\u00e9tait important de mesurer quand m\u00eame le chemin parcouru\u2026<\/p>\n<p><strong>Pourquoi avoir choisi d\u2019aborder la masturbation dans des t\u00e9moignages face cam\u00e9ra\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>En fait, j\u2019avais l\u2019id\u00e9e de ces t\u00e9moignages avant m\u00eame de commencer l\u2019\u00e9criture du film. L\u2019enjeu \u00e9tait de les inscrire dans la structure du r\u00e9cit. On comprend petit \u00e0 petit que c\u2019est Louise qui interviewe toutes ces femmes. Ils permettent d\u2019ouvrir le film, au-del\u00e0 des personnages de fiction, \u00e0 des femmes que l\u2019on suppose \u00ab\u00a0r\u00e9elles\u00a0\u00bb, qui viennent nous parler d\u2019elles, et en lesquelles chacune de nous peut se reconna\u00eetre. Je voulais qu\u2019on ose parler de la masturbation, et du clitoris. Ce dont j\u2019ai pris conscience en \u00e9crivant ce film et en en parlant autour de moi, c\u2019est \u00e0 quel point la masturbation f\u00e9minine est encore un sujet tabou. Certes, on en parle dans les magazines, mais pas dans la \u00ab\u00a0vraie vie\u00a0\u00bb, et le mot \u00ab\u00a0clitoris\u00a0\u00bb est rarement prononc\u00e9 \u00e0 haute voix.<\/p>\n<p><strong>Diriez-vous que vous \u00eates f\u00e9ministe\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Si parler du plaisir des femmes, c\u2019est \u00eatre f\u00e9ministe, alors oui, ce film est f\u00e9ministe. Mais il n\u2019est en aucun cas contre les hommes \u2013 au contraire. Si ce film est militant, il milite avant tout pour le dialogue.<\/p>\n<p><strong>Comment s\u2019est pass\u00e9e votre rencontre avec Marie Gillain\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Je cherchais une \u00e9vidence entre une com\u00e9dienne et mon personnage, je r\u00eavais d\u2019une com\u00e9dienne qui ait envie, comme moi, de jouer le jeu \u00e0 fond, et de s\u2019amuser avec les failles, les faiblesses et les n\u00e9vroses du personnage \u2013 c\u2019est \u00e7a qui la rendrait vraie et touchante. J\u2019ai rencontr\u00e9 Marie dans un salon de th\u00e9 un peu comme celui du film. Et l\u00e0, elle m\u2019a cueillie d\u2019embl\u00e9e, elle \u00e9tait encore moins langue de bois que moi, on a abord\u00e9 en deux heures tous les sujets qui font rougir &#8211; et qui faisaient rougir les vieilles dames autour de nous\u2026 Marie n\u2019avait aucun tabou, on pouvait parler de mani\u00e8re tout \u00e0 fait naturelle et sinc\u00e8re ensemble, j\u2019ai senti qu\u2019il n\u2019y aurait aucune g\u00eane entre nous. Louise, c\u2019\u00e9tait elle. Elle en avait le naturel, le culot, la fra\u00eecheur, l\u2019app\u00e9tit pour la vie, et elle s\u2019est totalement investie dans le projet. En plus de son talent et de sa g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, Marie est s\u00e9rieuse, fiable, bosseuse. Marie et H\u00e9l\u00e8ne Woillot, ma co-sc\u00e9nariste, qui sont plus rationnelles, plus objectives et moins n\u00e9vros\u00e9es que moi, m\u2019ont permis de me confronter \u00e0 certaines sc\u00e8nes, comme la sc\u00e8ne du taxi \u00e0 la fin. Comme Louise, j\u2019avais sans doute un peu de mal \u00e0 \u00ab\u00a0l\u00e2cher\u00a0\u00bb dans l\u2019\u00e9motion\u2026<\/p>\n<p><strong>Comment travaillez-vous avec les com\u00e9diens ?<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019y prends un grand plaisir\u00a0! Et je cherche toujours \u00e0 les impliquer dans le travail. On fait des r\u00e9p\u00e9titions, comme au th\u00e9\u00e2tre. C\u2019est peut-\u00eatre pour \u00e7a que beaucoup des com\u00e9diens sur ce film viennent du th\u00e9\u00e2tre, ou sont eux-m\u00eames metteurs en sc\u00e8ne. D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, je suis toujours tr\u00e8s \u00e0 l\u2019\u00e9coute de leurs propositions, comme d\u2019ailleurs de celles des techniciens. Je connaissais d\u00e9j\u00e0 un certain nombre d\u2019entre eux, comme Catherine Ferran et Philippe Duclos, qui jouent ici la gyn\u00e9co et le sexologue, et qui \u00e9taient les parents dans <em>Paris-Deauville<\/em>, que j\u2019avais r\u00e9alis\u00e9 pour Arte. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s touch\u00e9e qu\u2019ils acceptent cette petite participation en forme de clin d\u2019\u0153il\u2026 Apr\u00e8s, l\u2019enjeu est de s\u2019adapter \u00e0 chacun des com\u00e9diens, le travail est diff\u00e9rent de l\u2019un \u00e0 l\u2019autre, et c\u2019est bien s\u00fbr l\u00e0 aussi que r\u00e9side le plaisir\u2026 Avec Marie ou Julien, par exemple, on est vraiment dans le travail, dans la construction, alors que quelqu\u2019un comme Garance Clavel, avance plut\u00f4t \u00e0 l\u2019instinct, elle est \u00e0 la fois dr\u00f4le et \u00e9mouvante, et elle a des fulgurances merveilleuses, il suffit d\u2019\u00eatre l\u00e0 pour les capter.<\/p>\n<p><strong>Est-ce que l\u2019abeille-suceuse existe\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est trop \u00e9norme, c\u2019\u00e9tait impossible \u00e0 inventer\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Et le sex-shop\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>On a eu du mal \u00e0 le trouver, ils \u00e9taient tous glauquissimes, mais il existe bel et bien tel quel, ludique et d\u00e9sinhibant, comme son propri\u00e9taire, qui nous a fait, \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne et \u00e0 moi, une visite en r\u00e8gle\u2026 On en a profit\u00e9 pour lui piquer quelques r\u00e9pliques pour Ari\u00e9 Elmaleh, comme \u00ab\u00a0il est petit mais efficace\u00a0: c\u2019est la vibration qui compte\u00a0\u00bb\u00a0!<\/p>\n<p><strong>Si on parle beaucoup de sexe dans votre film, on en voit assez peu\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Je voulais aborder la sexualit\u00e9 en termes de rapports humains, de conflits, de frustrations, de plaisir, de lib\u00e9ration\u2026, pas faire un film racoleur.\u00a0 Le pari \u00e9tait surtout de ne jamais \u00eatre vulgaire.<\/p>\n<p><strong>Finalement, votre film parle beaucoup d\u2019amour\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Le sexe est, heureusement, souvent li\u00e9 aux sentiments, et c\u2019\u00e9tait logique pour moi d\u2019\u00eatre dans la com\u00e9die romantique. C\u2019est mon c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0fleur bleue\u00a0\u00bb\u00a0! J\u2019avais envie d\u2019un film l\u00e9ger, tendre et ludique. Qu\u2019on en sorte avec le sourire\u2026 et, pourquoi pas, l\u2019envie de se parler !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour ceux qui auraient vu vos courts-m\u00e9trages, plut\u00f4t graves, tout comme le t\u00e9l\u00e9film que vous avez r\u00e9alis\u00e9 pour Arte, le parti pris de la com\u00e9die pour votre premier long-m\u00e9trage peut surprendre\u00a0? Sauf que j\u2019avais commenc\u00e9 \u00e0 la FEMIS par des &hellip; <a href=\"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/comedie\/realisatrice\/tout-le-plaisir-est-pour-moi\/interview-du-dossier-de-presse\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":847,"menu_order":2,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"sidebar-page.php","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3138"}],"collection":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3138"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3138\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":3142,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3138\/revisions\/3142"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/847"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3138"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}