{"id":3670,"date":"2016-09-26T14:18:52","date_gmt":"2016-09-26T13:18:52","guid":{"rendered":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/?page_id=3670"},"modified":"2018-04-25T13:27:55","modified_gmt":"2018-04-25T12:27:55","slug":"entretien","status":"publish","type":"page","link":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/kit-pro\/entretien\/","title":{"rendered":"Entretien avec la r\u00e9alisatrice"},"content":{"rendered":"<p><strong>Entretien avec Isabelle Brou\u00e9 (tir\u00e9 du dossier de presse)\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Reprenons la question que vous pose votre s\u0153ur, Caroline Brou\u00e9, au micro (fantasm\u00e9) de France-Culture dans <em>Lutine<\/em> :<\/strong> \u00ab\u00a0<strong><em>Lutine<\/em> est votre second long-m\u00e9trage, apr\u00e8s <em>Tout le plaisir est pour moi<\/em>, sorti en 2004. Il s\u2019appelle <em>Lutine<\/em> parce qu\u2019il parle de \u201clutinage\u201d, mot cr\u00e9\u00e9 par Fran\u00e7oise Simp\u00e8re, l\u2019autrice du <em>Guide des Amours plurielles<\/em>.<\/strong> <strong>On peut dire <\/strong>\u201c<strong>\u00a0polyamour\u00a0<\/strong>\u201d<strong>, <\/strong>\u201c<strong>polyamorie\u00a0<\/strong>\u201d<strong>, <\/strong> \u201c<strong>\u00a0lutinage\u00a0<\/strong>\u201d<strong> ou encore <\/strong>\u201c<strong>\u00a0amours plurielles\u00a0<\/strong>\u201d<strong>\u2026 bref, on ne sait pas bien \u00e0 quel mot se vouer. Au fond, de quoi s\u2019agit-il ?\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>D\u2019amours plurielles, en effet. Ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment de la <strong><em>possibilit\u00e9<\/em> de vivre en parall\u00e8le plusieurs histoires<\/strong> amoureuses et\/ou sexuelles, et que toutes les personnes concern\u00e9es soient au courant, et d\u2019accord.<\/p>\n<p>Le mot le plus courant en francophonie est \u201cpolyamour\u201d, qui nous vient du n\u00e9ologisme am\u00e9ricain \u201c<em>polyamory<\/em>\u201d, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 90 \u00e0 partir d\u2019un mot grec (<em>poly<\/em> : plusieurs) et d\u2019un mot latin (<em>amor<\/em> : amour). \u00c0 mon sens, si les Am\u00e9ricains avaient souhait\u00e9 parler de \u201cpoly-amour\u201d, ils auraient cr\u00e9\u00e9 \u201cpoly-love\u201d. En effet, quand on entend \u201c<em>polyamory<\/em>\u201d, on est oblig\u00e9\u00b7e de se poser la question\u00a0: \u201c<em>de quoi s\u2019agit-il ?<\/em>\u201d. En fran\u00e7ais en revanche, quand on entend \u201cpoly-amour\u201d, on imagine tout de suite savoir de quoi il s\u2019agit : d\u2019\u00eatre \u201camoureux\u00b7e\u201d de plusieurs personnes en m\u00eame temps.<\/p>\n<p>Or non : la polyamorie met avant tout l\u2019accent sur le <strong>consentement<\/strong> et l\u2019<strong>\u00e9thique<\/strong>. Il importe, d\u2019une part, que toutes les personnes concern\u00e9es soient au courant et d\u2019accord ; d\u2019autre part, de <strong>faire attention \u00e0 l\u2019autre<\/strong>, de prendre soin de la relation. Que l\u2019on soit amoureux\u00b7e des personnes avec lesquelles on est en relation, est optionnel : on parle de relations intimes &#8211; amoureuses ou non, sexuelles ou non.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi je pr\u00e9f\u00e8re utiliser le mot \u201cpolyamorie\u201d, calqu\u00e9 sur l\u2019anglais : il oblige les personnes \u00e0 se demander\u00a0: \u201c<em>poly-quoi ?\u201d<\/em> et \u00e0 s\u2019interroger sur ce qu\u2019elles attendent, elles, de leurs relations.<\/p>\n<p><strong>Et \u201clutinage\u201d<\/strong> ?<\/p>\n<p>Le titre de mon film, <em>Lutine<\/em>, vient en effet du mot \u201clutinage\u201d cr\u00e9\u00e9 par Fran\u00e7oise Simp\u00e8re, l\u2019autrice des livres <em>Aimer plusieurs hommes<\/em> et <em>Le Guide des Amours plurielles, <\/em>\u00e0 partir du vieux fran\u00e7ais \u201clutiner\u201d (qui veut dire charmer, s\u00e9duire, faire la cour), mais aussi en r\u00e9f\u00e9rence au monde parall\u00e8le des lutins et lutines, ce petit peuple fac\u00e9tieux qui peut parfois inqui\u00e9ter car on le conna\u00eet mal.<br \/>\nJ\u2019aime bien cette sonorit\u00e9 des mots lutins et lutines qui renvoie \u00e0 \u201ccoquin, mutin, malin\u201d d\u2019un c\u00f4t\u00e9, et lutinage, qui peut faire penser \u00e0 \u201cbutinage\u201d ou bien s\u00fbr \u201clibertinage\u201d.<\/p>\n<p><strong>Tr\u00e8s bien, assumons donc d\u00e8s le d\u00e9but ce qui peut en effet en \u201cchoquer\u201d certain\u00b7es dans ce concept d\u2019amours libres : quelle diff\u00e9rence entre la polyamorie et le libertinage ?<\/strong><\/p>\n<p>Traditionnellement, le libertinage met avant tout l\u2019accent sur l\u2019aspect sexuel des relations, \u00e0 l\u2019exclusion des sentiments amoureux, tandis que la polyamorie insiste sur les relations elles-m\u00eames &#8211; qui peuvent \u00eatre sexuelles ou non, amoureuse ou non.<\/p>\n<p>En polyamorie, on part du principe que chacun\u00b7e est libre, intrins\u00e8quement\u00a0: de ses \u00e9motions, de ses sentiments, de ses relations. Des relations sentimentales, voire amoureuses, sont donc possibles en dehors d\u2019une relation qui existerait d\u00e9j\u00e0 &#8211; si tant est que la r\u00e9f\u00e9rence soit en effet un \u201ccouple\u201d.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Comme vous vous le demandez vous-m\u00eame dans votre film, est-ce que \u201c\u00a0polyamorie\u00a0\u201d\u00a0 n\u2019est pas un mot nouveau invent\u00e9 pour parler de quelque chose qui a toujours exist\u00e9\u00a0? Quelle diff\u00e9rence par exemple avec un \u201c\u00a0couple\u00a0 libre\u00a0\u201d\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Plut\u00f4t que de mettre l\u2019accent sur le couple &#8211; qui est aujourd\u2019hui encore la \u201cnorme\u201d dans notre soci\u00e9t\u00e9, comme un passage oblig\u00e9, un crit\u00e8re de r\u00e9ussite de sa vie amoureuse &#8211; la polyamorie met avant tout l\u2019accent sur l\u2019individu, et sur ce que chacun\u00b7e souhaite pour soi-m\u00eame dans sa vie et ses relations.<\/p>\n<p>Une relation \u00e9thique et positive entre deux personnes est un espace de libert\u00e9, de dialogue, d\u2019acceptation de l\u2019autre tel\u00b7le qu\u2019ielle est &#8211; et non tel\u00b7le qu\u2019on voudrait qu\u2019ielle soit -, de bienveillance, de communication non-violente, o\u00f9 chacune des personnes concern\u00e9es s\u2019engage \u00e0 tenir compte des \u00e9motions, des sentiments, des besoins de l\u2019autre, sans pour autant \u00eatre dans le sacrifice de ses propres \u00e9motions, sentiments ou besoins.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit alors pour chacun\u00b7e des partenaires de d\u00e9finir pour soi ce qu\u2019ielle attend de la relation, en dehors des normes ou des habitudes impos\u00e9es par la soci\u00e9t\u00e9, la culture ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, \u201cles autres\u201d.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Lutine<\/em><\/strong><strong> a \u00e9t\u00e9 produit en financement participatif. Comme le dit votre s\u0153ur \u00e0 son micro fictif, \u201c<em>le sujet aurait-il ferm\u00e9 la porte aux producteurs<\/em>\u201d, ou bien, comme le sugg\u00e8re un autre personnage de <em>Lutine<\/em>, est-ce vous qui aviez peur de contacter des producteurs ?<\/strong><\/p>\n<p><em>Lutine<\/em> a en effet \u00e9t\u00e9 financ\u00e9 enti\u00e8rement en financement participatif &#8211; et la souscription reste ouverte pour m\u2019aider \u00e0 le distribuer et \u00e0 l\u2019inscrire dans les festivals, souvent payants.<\/p>\n<p><em>Lutine<\/em> &#8211; et sa forme particuli\u00e8re &#8211; sont n\u00e9es de la conjonction de trois \u00e9l\u00e9ments :<\/p>\n<ul>\n<li>le d\u00e9sir de r\u00e9aliser un documentaire sur les amours plurielles, dans lequel j\u2019imaginais d\u00e9j\u00e0 de me filmer pour cr\u00e9er du lien entre les diff\u00e9rent\u00b7es intervenant\u00b7es, en jouant le r\u00f4le de la \u201ccandide\u201d : leur poser les questions que pourrait se poser le spectateur ;<\/li>\n<li>tourner mon second long-m\u00e9trage avant le dixi\u00e8me anniversaire du premier jour de tournage de mon premier long, tourn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2003 : c\u2019est un d\u00e9fi que je m\u2019\u00e9tais fix\u00e9, et je fonctionne bien aux d\u00e9fis !<\/li>\n<li>et donc, tourner avec l\u2019appareil photo \u00e0 grand capteur dans lequel j\u2019avais investi, et qui imposait des contraintes techniques particuli\u00e8res &#8211; rien de tel que les contraintes pour stimuler la cr\u00e9ativit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Je ne me suis donc m\u00eame pas pos\u00e9 la question d\u2019une production : je n\u2019avais pas le temps ! J\u2019ai eu l\u2019id\u00e9e du film le 29 d\u00e9cembre 2012 et je me suis fix\u00e9 de commencer \u00e0 le tourner avant mi-juillet 2013, l\u2019annon\u00e7ant publiquement pour m\u2019aider et m\u2019obliger \u00e0 m\u2019y tenir.<\/p>\n<p>En six mois, j\u2019ai donc\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>\u00e9crit le sc\u00e9nario<\/li>\n<li>suivi une formation sur les appareils photos \u00e0 grand capteur<\/li>\n<li>cr\u00e9\u00e9 le site internet du film<\/li>\n<li>mont\u00e9 une \u00e9quipe<\/li>\n<li>lanc\u00e9 une souscription<\/li>\n<li>et de fait, commenc\u00e9 \u00e0 tourner.<\/li>\n<\/ul>\n<p>J\u2019ai tourn\u00e9 d\u2019abord quatre jours, \u00e0 la fois des s\u00e9quences de fiction et de documentaire, pour voir si j\u2019\u00e9tais cr\u00e9dible en \u201ccom\u00e9dienne\u201d. Puis, avec un \u00e9tudiant de la FEMIS que j\u2019avais eu comme \u00e9l\u00e8ve, on a tourn\u00e9 et mont\u00e9 une bande-annonce, qui m\u2019a aid\u00e9e \u00e0 rassembler les 8000\u20ac dont j\u2019avais besoin dans un premier temps pour tourner le film. Et l\u2019aventure de <em>Lutine<\/em> \u00e9tait lanc\u00e9e !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous avez tourn\u00e9 en combien de temps ?<\/strong><\/p>\n<p>Trente-six jours de tournage (avec parfois des \u201cjourn\u00e9es\u201d de seulement deux heures, en fonction des disponibilit\u00e9s des un\u00b7es ou des autres, voire des d\u00e9cors), r\u00e9partis sur plusieurs mois, la grande majorit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;automne 2013.<\/p>\n<p>On a mont\u00e9 en parall\u00e8le du tournage, pendant l&rsquo;\u00e9quivalent de six mois, r\u00e9partis sur dix-huit. Sonia Bogdanovsky, qui a mont\u00e9 le film, faisait quasiment partie de ma famille\u00a0: on montait dans la chambre de mon fils pendant qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, elle partageait avec mes enfants leurs tartines de chocolat et leurs compotes pommes-ch\u00e2taigne.<\/p>\n<p><strong>Vous pr\u00e9sentez votre film comme une \u201ccom\u00e9die document\u00e9e\u201d : c\u2019est un genre qui n\u2019existe pas\u00a0!<\/strong><\/p>\n<p>En effet. C\u2019est une com\u00e9die ET un documentaire. Une com\u00e9die dans laquelle est inclus un documentaire.<\/p>\n<p>Sauf qu\u2019il est souvent difficile de distinguer ce qui est \u201cvrai\u201d de ce qui est \u201cfiction\u201d : c\u2019est l\u2019id\u00e9e m\u00eame du film de \u201cbrouiller les pistes\u201d, comme le dit le personnage jou\u00e9 par Philippe Rebbot.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Dans l\u2019une des nombreuses mises en abyme avec lesquelles vous jouez dans <em>Lutine<\/em>, vous en parlez comme d\u2019un OFNI : un Objet Filmique Non Identifi\u00e9. C\u2019est un concept que vous assumez dans la vraie vie ?<\/strong><\/p>\n<p><em>(Rires)<\/em> Qu\u2019est-ce que \u201cla vraie vie\u201d ? Cette interview est-elle r\u00e9elle ou bien cr\u00e9\u00e9e de toutes pi\u00e8ces ?<\/p>\n<p>Oui, j\u2019assume pleinement ce c\u00f4t\u00e9 OFNI de <em>Lutine<\/em>, par ailleurs totalement coh\u00e9rent avec la mani\u00e8re dont les lutins et les lutines inventent une nouvelle fa\u00e7on de vivre leurs relations intimes, \u00e0 la marge de ce qui \u201cse fait\u201d ou \u201cne se fait pas\u201d habituellement dans notre soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Quel\u00b7le producteur\u00b7trice m\u2019aurait suivie sur un tel projet : ce m\u00e9lange fiction et documentaire, o\u00f9 il est parfois difficile de faire la part des choses entre la fiction et la r\u00e9alit\u00e9, et dans lequel le r\u00f4le principal est tenu par une inconnue de 45 ans qui n\u2019avait auparavant jamais jou\u00e9 de sa vie\u00a0?<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0: vous jouez le r\u00f4le principal de la r\u00e9alisatrice qui n\u2019a pas tourn\u00e9 depuis dix ans et \u201c<em>ne gagne m\u00eame pas sa vie<\/em>\u201d, comme le lui fait remarquer son fils au d\u00e9but du film. Un auto-portrait ?<\/strong><\/p>\n<p>\u201cAuto-portrait\u201d, c\u2019est le point de vue de Sonia Bogdanovsky, qui a mont\u00e9 le film. Je pr\u00e9f\u00e8re, moi, parler d\u2019auto-fiction : en effet, on ne peut jamais savoir ce qui est vrai, et ce qui est fabriqu\u00e9 de toutes pi\u00e8ces.<\/p>\n<p>Qui joue, qui ne joue pas ?<\/p>\n<p>Sur le tournage, on ne compte plus le nombre de fous-rires qu\u2019on a eus avec les claps : il y avait les \u201cvrais\u201d claps et les \u201cfaux\u201d claps, et comme souvent tous portaient le \u201cvrai\u201d num\u00e9ro de s\u00e9quence, on s\u2019y perdait constamment !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Le spectateur s\u2019y perd lui aussi s\u2019il essaie de s\u2019y rep\u00e9rer entre le \u201cvrai\u201d et le \u201cfaux\u201d : c\u2019est volontaire ?<\/strong><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Volontaire\u00a0\u00bb, pas r\u00e9ellement, mais assum\u00e9, oui. En r\u00e9alit\u00e9, le film refl\u00e8te l\u2019\u00e9tat de ma propre perplexit\u00e9 au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais le sc\u00e9nario et o\u00f9 je me faisais moi-m\u00eame cette r\u00e9flexion : si on essaie de suivre le fil de la fiction, de distinguer ce qui est \u201cla vraie vie\u201d de la \u201cfiction dans le film\u201d que tourne Isa, le personnage que je joue, on s\u2019y perd. Mais si on marche \u00e0 l\u2019\u00e9motion, alors on suit tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p>Un ami m\u2019a dit que pour lui, <em>Lutine<\/em> \u00e9tait un film \u201chypnotique\u201d &#8211; et comme il est lui-m\u00eame hypnoth\u00e9rapeute, c\u2019est pour moi l\u2019un des plus beaux compliments que l\u2019on m\u2019ait faits : c\u2019est un film qui oblige nos neurones \u00e0 l\u00e2cher prise\u00a0!<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Comment avez-vous travaill\u00e9 avec les com\u00e9dien\u00b7nes ? Le fait que vous jouiez vous-m\u00eame dans le film a-t-il chang\u00e9 votre fa\u00e7on de travailler ?<\/strong><\/p>\n<p>Comme je l\u2019ai fait sur chacun de mes films, et dans la mesure du possible, j\u2019ai r\u00e9p\u00e9t\u00e9 avec chacun\u00b7e avant le tournage ; c\u2019\u00e9tait important que les dialogues leur correspondent parfaitement, et j\u2019ai parfois r\u00e9ajust\u00e9 certaines s\u00e9quences en fonction de leurs remarques ; et \u00e7a m\u2019a permis \u00e9galement d\u2019avoir en retour leur regard de \u201cpro\u201d sur mon propre jeu.<\/p>\n<p>Pour mon jeu, je me suis beaucoup repos\u00e9e sur les technicien\u00b7nes : le plus souvent Isabelle Razavet, \u00e0 l\u2019image ; les ing\u00e9nieurs du son, et notamment Laurent Bena\u00efm, avec qui j\u2019avais tourn\u00e9 mes trois films pr\u00e9c\u00e9dents, et qui \u00e9tait l\u00e0 pour les s\u00e9quences les plus difficiles \u00e0 jouer pour moi ; et mon \u201cbras droit\u201d, v\u00e9ritable continuit\u00e9 du film : Sol\u00e8ne Belleux, qui a assur\u00e9 le r\u00f4le de scripte sur quasiment l\u2019ensemble du film.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au g\u00e9n\u00e9rique, on voit en effet de nombreux\u00b7es technicien\u00b7nes ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, car comme tou\u00b7tes \u00e9taient en participation, ielles ne venaient que quand ielles \u00e9taient disponibles. Parfois j\u2019ai pu m\u2019organiser en fonction d\u2019elleux, notamment par rapport \u00e0 Isabelle Razavet pour avoir une coh\u00e9rence \u00e0 l\u2019image dans tout ce que je tournais chez moi, mais d\u2019autres fois, ce sont d\u2019autres param\u00e8tres qui ont eu priorit\u00e9, comme les disponibilit\u00e9s de certain\u00b7es com\u00e9dien\u00b7nes, ou lorsque nous avons tourn\u00e9 les s\u00e9quences dans le caf\u00e9 poly : il fallait se caler sur les vraies dates des \u00e9v\u00e9nements, quand les gens qui acceptaient d\u2019\u00eatre film\u00e9s en \u201cfigurant\u00b7es\u201d \u00e9taient l\u00e0.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous avez donc vraiment tourn\u00e9 dans un \u201cvrai\u201d caf\u00e9 poly ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Ce ne serait plus possible aujourd\u2019hui, car nous sommes pass\u00e9\u00b7es d\u2019une trentaine de \u201cr\u00e9guli\u00e8r\u00b7es\u201d au moment du tournage, \u00e0 une centaine de personnes chaque mois.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Ces s\u00e9quences sont donc de v\u00e9ritables s\u00e9quences documentaires ?<\/strong><\/p>\n<p>Tout d\u00e9pend ce que vous appelez une \u201cv\u00e9ritable\u201d s\u00e9quence documentaire ! <em>(Rires)<\/em><\/p>\n<p>Au moment o\u00f9 on a tourn\u00e9 ces s\u00e9quences, deux des r\u00e9ponses qui revenaient souvent dans les caf\u00e9s poly \u00e9taient : \u201c<em>\u00e7a d\u00e9pend<\/em>\u201d et \u201c<em>c\u2019est compliqu\u00e9<\/em>\u201d. Je pourrais vous dire la m\u00eame chose ici.<\/p>\n<p>La plupart (mais la plupart seulement\u00a0!) des intervenant\u00b7es sont en effet des \u201cvraies personnes de la vraie vie\u201d, mais elles avaient malgr\u00e9 tout un texte ou une id\u00e9e \u00e0 respecter &#8211; sur lesquels on s\u2019\u00e9tait mises d\u2019accord auparavant.<\/p>\n<p>Le film m\u00eale constamment et joyeusement la r\u00e9alit\u00e9 et la fiction, tant et si bien que moi-m\u00eame, parfois, je m\u2019y perds. L\u2019important est que cela marche \u00e0 l\u2019\u00e9motion\u2026<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vous brouillez vraiment les pistes ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui ! \u00c7a fait partie du plaisir du jeu.<\/p>\n<p>Par exemple, Caroline, ma s\u0153ur, pr\u00e9sentait r\u00e9ellement \u201cLa Grande Table\u201d sur France Culture au moment o\u00f9 on a tourn\u00e9. Comme je savais que jamais elle ne m\u2019interviewerait pour la sortie du film, je nous ai \u00e9crit une s\u00e9quence sur mesure. Sur le tournage, elle a cependant r\u00e9\u00e9crit ses questions \u00e0 sa sauce \u201cradio\u201d. Et Fran\u00e7oise Simp\u00e8re lui a vraiment r\u00e9pondu en mode documentaire.<\/p>\n<p>L\u2019autre s\u00e9quence devant France Culture, o\u00f9 elle me dit qu\u2019elle n\u2019a pas eu le temps de lire le sc\u00e9nario, \u00e9tait en revanche \u00e9crite \u00e0 la virgule pr\u00e8s (m\u00eame si le jour du tournage, elle m\u2019a avou\u00e9 qu\u2019elle ne l\u2019avait vraiment pas lu : la r\u00e9alit\u00e9 rattrapait la fiction !). Et si ses r\u00e9pliques m\u2019ont vraiment \u00e9t\u00e9 dites par une personne de ma famille dans la \u201cvraie vie\u201d, elles ne venaient pas d\u2019elle, qui a jou\u00e9 le jeu de la fiction.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u201c<strong><em>Qu\u2019est-ce qui est fiction, qu\u2019est-ce qui est r\u00e9alit\u00e9 ?<\/em><\/strong> \u201d<strong> C\u2019est v\u00e9ritablement l\u2019un des enjeux de ce film\u2026<\/strong><\/p>\n<p>Oui. En r\u00e9alit\u00e9 (je n\u2019en avais pas conscience en l\u2019\u00e9crivant), <em>Lutine<\/em> parle autant -si ce n\u2019est plus &#8211; de cr\u00e9ation que d\u2019amours plurielles.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est d\u2019ailleurs certainement pas un hasard si le premier festival de cin\u00e9ma fran\u00e7ais auquel il a \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9 est le festival \u201cInd\u00e9pendance(s) et Cr\u00e9ation\u201d.<\/p>\n<p>J\u2019ai \u00e9crit <em>Lutine<\/em> tout en d\u00e9couvrant en parall\u00e8le le livre de Maureen Murdoch\u00a0: <em>Le Parcours de l\u2019h\u00e9ro\u00efne, ou la f\u00e9minit\u00e9 retrouv\u00e9e<\/em>, qui \u00e9t\u00e9 pour moi une r\u00e9v\u00e9lation et ne cesse de m\u2019inspirer depuis. La structure du sc\u00e9nario refl\u00e8te directement ce \u201cvoyage de l\u2019h\u00e9ro\u00efne\u201d (pour reprendre Joseph Campbell) et notamment avec cette allusion au \u201cfond de la caverne\u201d et l\u2019histoire de la \u201cGrande D\u00e9esse\u201d.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Vous parlez du sc\u00e9nario, mais la forme du film est aussi tr\u00e8s travaill\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui. Au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais le sc\u00e9nario, je donnais des cours de \u201clangage cin\u00e9matographique\u201d \u00e0 des \u00e9tudiant\u00b7es dans des \u00e9coles de cin\u00e9ma (dont la FEMIS, dont je suis dipl\u00f4m\u00e9e, et l\u2019\u00c9cole de la Cit\u00e9 o\u00f9 j\u2019ai d\u2019ailleurs tourn\u00e9 une s\u00e9quence finalement coup\u00e9e au montage).<\/p>\n<p>J\u2019aimais particuli\u00e8rement les inciter \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur : qui raconte, qui est le narrateur \u2013 ou la narratrice\u00a0! &#8211; de cette sc\u00e8ne, de quel point de vue se place-t-on ? Je les faisais travailler sur ce qu\u2019est une \u201ccam\u00e9ra subjective\u201d, sur pourquoi on utilise si rarement les \u201cregards cam\u00e9ra\u201d au cin\u00e9ma, et comment ils sont ressentis par le spectateur.<\/p>\n<p>Je leur montrais des films, et notamment de Woody Allen. Je dois avouer que sa libert\u00e9 de ton et de narration a grandement contribu\u00e9 \u00e0 me d\u00e9complexer : apr\u00e8s tout, c\u2019est moi (ou mon personnage\u00a0?) qui racontais ce film, et si j\u2019avais envie de jouer avec les codes de la narration, c\u2019\u00e9tait ma libert\u00e9\u00a0! Et comme je savais d\u00e8s le d\u00e9part que je n\u2019aurais de comptes \u00e0 rendre \u00e0 personne d\u2019autre qu\u2019au spectateur, je me sentais r\u00e9ellement libre.<\/p>\n<p>Cependant, en effet, la forme du film est ultra-rigoureuse, et le film pourrait \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 en cours de cin\u00e9ma : ce qui est \u201c<em>making of<\/em>\u201d est film\u00e9 en plans-s\u00e9quences (l\u2019un d\u2019eux avec Philippe Rebbot fait plus de 6 minutes, passant de la lumi\u00e8re du jour \u00e0 de la lumi\u00e8re artificielle, d\u2019int\u00e9rieur \u00e0 ext\u00e9rieur : une v\u00e9ritable performance d\u2019Isabelle Razavet, seule, vraiment seule, \u00e0 l\u2019image), tandis que quand les s\u00e9quences ont un statut de \u201cfiction\u201d, elles sont d\u00e9coup\u00e9es. Et parfois, bien s\u00fbr, ce n\u2019est plus si \u201c\u00e9vident\u201d &#8211; sinon ce ne serait pas dr\u00f4le.<\/p>\n<p>Je dois dire que j\u2019ai pris un grand plaisir \u00e0 \u00e9crire ce film, \u00e0 le tourner, \u00e0 le monter\u2026 et maintenant \u00e0 le montrer, et \u00e0 entendre les salles parfois s\u2019\u00e9trangler de rire &#8211; d\u2019ailleurs, et c\u2019est surprenant, pas toujours aux m\u00eames endroits selon qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un public francophone ou \u00e9tranger. J\u2019ai h\u00e2te que le film sorte en salles et d\u2019aller \u00e0 la rencontre du public\u00a0!<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Gros travail de montage ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, toujours dans le plaisir. Quel luxe de pouvoir ainsi s\u2019arr\u00eater un temps, voire quelques semaines, le temps de laisser reposer, de gagner en recul, puis de retrouver le film avec excitation, plut\u00f4t que de s\u2019\u00e9puiser et de finir ne plus rien voir, comme cela m\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 avec mon premier long.<br \/>\n<strong>Et la suite de la post-production ?<\/strong><\/p>\n<p>Que des femmes : Sonia Bogdanovsky au montage, Rym Debbarh-Mounir au montage-son, M\u00e9lissa Petitjean au mixage, qui ont toutes fait la FEMIS, ce qui nous donnait incontestablement un langage commun. Qu\u2019est-ce qu\u2019on a ri ! Puis \u00e0 l\u2019\u00e9talonnage, encore une femme : Isabelle Laclau. Le tout, en \u00e9tant accueillies comme des princesses au Studio Orlando, qui avait des disponibilit\u00e9s parce que c\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9t\u00e9. Que du bonheur.<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, c\u2019est la soci\u00e9t\u00e9 Autre Chose, sous la direction de Mathias Weber, qui a fabriqu\u00e9 les effets sp\u00e9ciaux (comme par exemple, les s\u00e9quences du film montr\u00e9es dans l\u2019ordinateur, qui ne sont pas toujours celles qui avaient \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9es).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Vous tenez \u00e0 ce que le film soit accessible au plus grand nombre\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p>Oui. Cela fait partie de ma d\u00e9marche inclusive et activiste engag\u00e9e. Le film sera projet\u00e9 syst\u00e9matiquement avec des sous-titres dits \u00ab\u00a0SME\u00a0\u00bb\u00a0: pour personnes sourdes et malentendantes.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019audio-description pour les personnes aveugles et mal-voyantes, que nous avons enregistr\u00e9e \u00e0 l\u2019association Valentin Ha\u00fcy, j\u2019esp\u00e8re la mettre sur la plate-forme de l\u2019application allemande Greta, qui permettrait \u00e0 chacun\u00b7e de l\u2019activer dans n\u2019importe quelle salle \u00e0 partir de son smart-phone.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Comment le film a-t-il \u00e9t\u00e9 accueilli par la communaut\u00e9 poly\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p>Avec enthousiasme. La communaut\u00e9 poly internationale s\u2019en est r\u00e9ellement empar\u00e9, et l\u2019a d\u00e9j\u00e0 traduit dans de nombreuses langues (en plus de l\u2019anglais, les sous-titres existent en italien, espagnol, catalan, allemand et m\u00eame chinois) et il a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 \u2013 entre autres \u2013 \u00e0 Lisbonne, Barcelone, Rome, Bern, Hambourg, Berlin, Berkeley, New-York, Montr\u00e9al, Melbourne et m\u00eame \u00e0 Bangalore, en Inde.<\/p>\n<p>Il a \u00e9galement gagn\u00e9 deux grands prix au Vancouver International Women in Film Festival\u00a0: le <em>Best Feature Award <\/em>et le <em>Best Screenplay<\/em> <em>Award.<\/em> J\u2019\u00e9tais aux anges.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Comment voyez-vous la suite de l\u2019aventure ?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis excit\u00e9e comme une puce\u00a0! <em>Lutine<\/em> sort en sortie nationale le 4 avril 2018.<br \/>\n\u00c0 Paris, il sera aux 3 Luxembourg les 4 et le 6 avril, puis \u00e0 partir du 13, il s\u2019installera \u00e0 l\u2019Accattone pour une projection hebdomadaire suivie d\u2019une discussion avec la salle chaque vendredi soir, et ce, tant que le public sera au rendez-vous\u00a0: je l\u2019esp\u00e8re pour plusieurs mois.<\/p>\n<p>Avec ce film, je crois au bouche-\u00e0-oreille : le livre d\u2019or et les retours emball\u00e9s et \u00e9mus des premier\u00b7es spectateurs et spectatrices me portent au quotidien, et \u00e0 chaque projection, je vois des personnes revenir, parfois pour la 3<sup>\u00e8me<\/sup> ou 4<sup>\u00e8me<\/sup> fois, en y amenant des ami\u00b7es. Je crois \u00e0 une autre mani\u00e8re de sortir les films, dans le contact et l\u2019\u00e9change avec le public, et sur la dur\u00e9e.<\/p>\n<p>Je con\u00e7ois presque la sortie de <em>Lutine<\/em> comme un spectacle vivant : chaque projection sera suivie d\u2019une discussion sur la polyamorie, et le public viendra autant, je l\u2019esp\u00e8re, pour d\u00e9couvrir le film (et le plaisir de rire ensemble) que pour partager une exp\u00e9rience de vie.<\/p>\n<p>Je suis \u00e9videmment \u00e9galement \u00e0 la disposition des exploitant\u00b7es\u00a0pour aller pr\u00e9senter <em>Lutine <\/em>et rencontrer le public en r\u00e9gions. Cinq ans apr\u00e8s avoir eu l\u2019id\u00e9e de <em>Lutine<\/em> un soir de fi\u00e8vre\u2026 ce n\u2019est que le d\u00e9but de l\u2019aventure !<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entretien avec Isabelle Brou\u00e9 (tir\u00e9 du dossier de presse)\u00a0 Reprenons la question que vous pose votre s\u0153ur, Caroline Brou\u00e9, au micro (fantasm\u00e9) de France-Culture dans Lutine : \u00ab\u00a0Lutine est votre second long-m\u00e9trage, apr\u00e8s Tout le plaisir est pour moi, sorti &hellip; <a href=\"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/kit-pro\/entretien\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":2579,"menu_order":7,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"sidebar-page.php","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3670"}],"collection":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3670"}],"version-history":[{"count":11,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3670\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4929,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/3670\/revisions\/4929"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/2579"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lutineetcie.com\/lutinelefilm\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3670"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}