ÉTHIQUE RELATIONNELLE #14. La Polyamorie est révolutionnaire

Oui, bon, je le reconnais, j’y vais peut-être un peu fort, là… Quoique.

Je l’ai dit, je le redis : la polyamorie est intrinsèquement féministe : par principe, chaque partenaire a les mêmes droits, quels que soient son genre, son âge, son orientation sexuelle ou relationnelle, ou son rôle dans la société. C’est un principe de base.

{NB. Et c’est d’ailleurs bien en cela notamment, que, bien que certain·es se posent encore des questions en ce sens, la polyamorie n’a vraiment rien à voir avec la polygamie telle qu’elle est le plus souvent pratiquée : polygynie.}

Et rien qu’en cela, franchement, dans notre société, eh ben disons-le : c’est pas acquis.

Allez, pour le plaisir (le mien, en tout cas !), je remets ici cette vidéo du Premier Ministre canadien Justin Trudeau à un sommet des Nations Unies :

« Je continuerai à dire que je suis féministe jusqu’à ce que ça soit accueilli par un haussement d’épaule. »
« I’m gonna keep saying loud and clearly that I’m a feminist until it is met with a shrug.(…) It shouldn’t be something that creates a reaction. It simply is saying I believe in equality in men and women and I believe that we still have an awful work to do to get there. »

Parce qu’en effet, il est plus que temps que les hommes se disent, s’assument et prouvent qu’ils sont féministes, parce que, comme il le dit, ça devrait être « normal » et non remarquable, d’être féministe.

Bien au-delà cela dit, la polyamorie n’est pas « seulement » féministe, elle est aussi fondamentalement et profondément égalitaire.

Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’égalité entre les « hommes » et des « femmes », mais bien entre les personnes, i.e. les êtres humains, quel que soit leur genre. Qu’ielles se reconnaissent hommes ou femmes – ou pas. La polyamorie est inclusive. Des personnes trans, des personnes non-binaires, des personnes agenre. Des personnes aromantiques ou asexuelles.

Il n’existe pas de « hiérarchie » entre les personnes, personne n’est supérieur à personne, tout le monde a les mêmes droits. Point.

un pas de côté

La polyamorie nous fait faire un pas de côté par rapport à l’escalator relationnel, et rien qu’en cela, en réalité, c’est déjà révolutionnaire. Elle nous fait changer de paradigme.

Plus aucune injonction ou attente pré-établie
sur ce que sont « supposées » être nos relations. Du sexe ? Pas de sexe ? De l’amour dit « romantique » ? Une vie sous le même toit ? Quelle différence entre un·e « ami·e », un·e amant·e, un·e amoureuxe ? (Car – cela n’aura échappé à personne – il s’agit bien ici de la même racine du verbe latin amo, amare : aimer.)

Pourquoi vouloir étiqueter les personnes, et/ou nos relations ?
Pourquoi ne pas, quand on rencontre quelqu’un·e, laisser la place à l’inconnu, à la surprise, à la vie, tout simplement ? Laisser évoluer la relation… en fonction de ce que chacune des personnes concernées a envie de vivre ?

En ce sens, la polyamorie est écologique. Respectueuse de la vie telle qu’elle est. La vie est changement, la vie est mouvement, la vie est… vie. Quand on ne bouge plus, quand on n’évolue plus… c’est qu’on est mort·e.
Françoise Simpère ne s’y était pas trompée, qui sous-titrait déjà, en 2009, son Guide des Amours plurielles : Pour une écologie amoureuse.

Guide des amours plurielles

La polyamorie est éthique : égalitaire, démocratique, écologique. Elle s’épanouit dans un cadre de collaboration, solidarité, empathie, écoute de l’autre. Elle repose sur une logique d’abondance – par contraste avec une logique du manque et de la pénurie.

Un de ses mantra est : l’un·e n’empêche pas l’autre.

Alors bien sûr, le temps ou l’argent, contrairement à l’amour, sont des ressources limitées. Et il ne s’agit pas de prétendre que la polyamorie est un mode relationnel « facile » à vivre, ni qu’elle peut convenir à tout le monde. Bien sûr que non.

La polyamorie ne convient pas à tout le monde, de même que… la monogamie, non plus, ne convient pas – et ne peut pas convenir – à tout le monde.
Tout simplement parce que (attention, roulements de tambours…)

un même modèle ne peut pas convenir à tout le monde.  

Dans notre société et culture saturées d’histoires toutes construites sur le même modèle (le fameux Boy Meets Girl des comédies romantiques, elles-mêmes héritées des contes de fées), combien de personnes se sentent exclues, ont l’impression d’être « différentes », « pas normales », simplement parce qu’elles ne s’y reconnaissent pas ? Combien de personnes aromantiques ou asexuelles, par exemple, ne se sont jamais retrouvées dans ces romans ou films à l’eau de rose, quand bien même « on » voudrait leur faire croire que c’est ce dont chacun·e rêve ?

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En réalité, nos histoires sont toutes construites à partir d’un imaginaire collectif, dont font partie les fameux archétypesLes créateurices ne sont que des humain·es parmi d’autres, s’inspirant bien sûr de ce qu’ielles voient dans la vraie vie, mais avant tout des structures éprouvées des histoires qui les ont précédé·es.

C’est en partie comme ça que les mythes (tels que le mythe de l’Amour romantique) se perpétuent et se transmettent de génération en génération, et que certain·es, avec les meilleures intentions du monde, répètent : « C‘est comme ça ! Parce que ça a toujours été comme ça, et si tu ne t’y conformes pas, tu seras malheureuxe. »

Or, au risque de me répéter, chacun·e a le droit de se définir soi-même, de même que de définir pour soi les relations qui lui conviennent. 

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Je ne suis pas en train de prêcher en faveur des relations plurielles éthiques comme « modèle » ou « idéal »  – si c’est l’impression que vous avez à me lire, j’en suis désolée : là n’est clairement pas mon intention.
En revanche, ce en quoi je crois, c’est qu’il est temps qu’on déconstruise le mythe de la monogamie comme « naturelle », « évidente » et « applicable à tou·tes ».

La monogamie convient à certain·es : tant mieux !
Mais elle ne convient pas à d’autres : c’est un fait.
Mon enjeu ici est donc bien qu' »on » ne cherche alors pas à la leur imposer comme « seul mode de relations valable ». Parce que par principe, aucun modèle relationnel ne peut s’appliquer à tou·tes. Parce que nous sommes toute·s différent·es.

Et en ce sens qu’elle remet en cause ces croyances qui nous sont transmises par notre culture et la société dans son ensemble (le prince charmant, etc.), la polyamorie est intrinsèquement politique et… révolutionnaire. Oui, j’assume.

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La polyamorie remet en cause la structure hiérarchique à la base même de la société patriarcale : et je ne parle pas ici « seulement » de l’institution du mariage, mais bien au-delà – le principe même des rapports de force et de pouvoir entre les personnes, tels qu’ils sont définis sur une échelle sociale « verticale », avec des personnes qui seraient « supérieures » à d’autres.

Le mariage a été conçu comme un contrat social, entre autres pour garantir à l’homme qu’il transmettait bien son patrimoine à ses descendants biologiques – et non à ceux du voisin (quand bien même on le sait aujourd’hui, entre 10 à 20% des enfants ne seraient pas de leur père reconnu).
C’était un instrument de domination de l’homme sur la femme, considérée comme une sous-personne, comme une mineure (cela veut tout dire de la manière dont, encore aujourd’hui, on considère les enfants dans notre société comme des « sous-personnes » ; pensons aussi à cet héritage qui dit que, tant qu’une femme n’était pas mariée, elle restait une « mademoiselle », et n’avait pas le statut d’adulte réservé aux « madames »).

L’exclusivité était à l’origine bien plus imposée à la femme qu’à l’homme, qui a toujours joui d’indulgence à l’égard de ses aventures extra-conjugales.
Et à l’époque, d’ailleurs, le mariage n’avait rien à voir avec l’amour, mais bien avec la transmission du patrimoine.

Quand, dans les années 20 et 30, les femmes ont commencé à s’émanciper, et plus encore après-guerre, le mariage d’amour s’est généralisé, on a associé le sentiment d’amour… avec le contrat du mariage qui liait deux personnes pour le restant de leurs jours.

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Sauf que… comment peut-on envisager même de s’engager sur la pérennité d’un sentiment ?
Je peux te promettre d’être honnête, respectueuxe, fiable, fidèle au sens de « digne de confiance »… mais comment te promettre de t’aimer toujours ?

La fidélité ne signifie pas, pour moi, la même chose que l’exclusivité – sentimentale ou sexuelle.

Quand le mariage d’amour s’est généralisé, au lieu d’accorder aux femmes la même tolérance que celle qui s’appliquait jusque-là aux hommes sur leurs relations extra-conjugales (la contraception n’existait pas encore, ça restait « risqué » d’avoir un amant)… on a au contraire appliqué aux hommes la même exigence d’exclusivité.

Aie. Du coup, tout le monde logé à la même enseigne, piégé par le même contrat de base, implicite, d’exclusivité.

Certes. Mais aujourd’hui….?
Aujourd’hui, les femmes sont autonomes financièrement (même si leurs salaires sont encore inférieurs à ceux des hommes) et… on a la contraception !

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D’où la question : à partir du moment où la sexualité est enfin dissociée de la procréation, au nom de quoi cette exigence implicite d’exclusivité a-t-elle encore lieu d’être ?

Une des réponses est : nos croyances ! Nos habitudes, la culture, le story-telling, tout ce passé que l’on a hérité de nos parents, grands-parents et romans, films et contes de fées…

Eh bien… c’est tout cela que la polyamorie vient remettre en cause.
Et c’est aussi en cela qu’elle dérange.
Parce qu’elle vient titiller à un endroit où on n’a pas nécessairement envie d’être titillé·e.

Parce que beaucoup d’entre nous ont grandi avec des idées toutes faites… auxquelles ielles croient et veulent croire. Parce que beaucoup d’entre nous, au nom de ces croyances, ont accepté, toléré, voire subi, beaucoup de choses qu’ielles n’auraient peut-être pas acceptées sinon.

Et quand un·e trublion·ne à qui on n’a rien demandé, vient secouer tout ça en disant : « C’est possible de faire autrement, si si, je t’assure ! », eh bien… on n’a pas nécessairement envie de l’entendre.

Parce que se dire qu’on s’est peut-être sacrifié·e toute sa vie en renonçant à des tentations parce qu’on croyait que c’était la condition sine qua non pour maintenir à flot son couple… et apprendre au détour du chemin qu’une autre voie était possible… franchement, je comprends que ça soit rageant !

Peut-être est-ce en réalité moins douloureux de balayer tout ça d’un revers de la main en disant : « C’est n’importe quoi ! Ça marche pas, ces trucs-là ! Si ça avait marché dans les années 70, ça se saurait ! »

années 70

Sauf que voilà : dans les années 70, on parlait de libération sexuelle, pas de relations éthiques et égalitaires, d’accueil des émotions et de communication compassionnelle.

Dans les années 70, le féminisme n’en était qu’à ses balbutiements. Et souvent, ce qui était mis en avant était une « injonction à jouir » ! Celleux qui ne souhaitaient pas se conformer au nouvel ordre libertaire – et surtout celles qui ne souhaitaient pas coucher avec ceux qui prêchaient cette « libération » ! – étaient critiqué·es, raillé·es, et taxé·es de « petit·es bourgeois·es ».

Ce n’est pas de cela dont il est question aujourd’hui avec la polyamorie, et en rien, l’idée n’est de remplacer une norme par une autre ! Bien au contraire.
Il ne s’agit pas de proposer la polyamorie comme « une meilleure manière de vivre nos relations ». Non non.

Juste en revanche de dire : c’est possible. 
Et si la monogamie imposée comme norme dans notre société ne vous convient pas, ou vous étouffe… alors sachez qu’il est possible de vivre autrement.

La polyamorie est une alternative à la monogamie. 

L’idée est que chacun·e puisse choisir en conscience la manière dont ielle a envie de vivre ses relations.

C’est en ce sens que je n’ai pas peur de dire que la polyamorie est non seulement éthique, féministe, écologique, foncièrement politique, mais aussi… révolutionnaire !

Hâte de lire vos commentaires.

Au plaisir,
avec amour et bienveillance,
Isabelle

 

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ÉTHIQUE RELATIONNELLE #6. L’autre est… autre !

Au risque de paraître enfoncer une porte ouverte, ma pensée du jour va porter sur ce qui, pour moi, est peut-être mon grand principe de base  là où j’en suis aujourd’hui – et qui peut tenir en réalité en quelques mots assez simples :

L’AUTRE EST… AUTRE !
Aussi libre et respectable 
en tant qu’être humain
que je le suis moi. 

C’est mon credo humaniste, égalitaire, fondamental.

Et donc –  là encore, je préfère mettre les points sur les « i » – :  par définition même, intrinsèquement féministe.

D’ailleurs, nota bene au passage pour celleux auxquel·le·s ça aurait échappé jusqu’à présent : la polyamorie est – par définition – égalitaire, donc féministe : chaque partenaire a les mêmes droits, quel que soit son âge, son genre, son orientation sexuelle ou relationnelle.

En Espagne, où ielles semblent avoir quelques années d’avance sur nous, j’ai l’impression – pour ce que j’en ai vu – que la plupart des activistes poly sont aussi des activistes féministes.
J’apprécie de même particulièrement la description sur Facebook du groupe  Black and Poly, dont les modérateurs ont organisé la projection de LUTINE à Oakland pour le Pride Day l’année dernière : Polyamory is an ethical form of non monogamy, rooted in feminism, with relationships that are typically geared around egalitarianism [equality for all] and is the practice, desire, or acceptance of having more than one intimate relationship at a time with the knowledge and consent of everyone involved.

J’aimerais qu’en France, de même, on ne puisse envisager la polyamorie en dehors du féminisme.

Une des questions que je me pose régulièrement est : comment revendiquer le féminisme en militant pour les droits des femmes, sans paraître être contre les hommes en tant qu’hommes ? – dérive dans laquelle j’ai malheureusement l’impression qu’il est facile de glisser.

Mon fils m’a un jour dit, alors qu’il avait dix ans : « Maman, qui tu vois quand tu me regardes ? Je ne suis pas mon père, je ne suis pas « les hommes », je suis moi, ton fils, et j’aimerais que tu me vois pour qui je suis, moi. »
Évidemment, s’il me l’a dit ce jour-là, c’est parce qu’il savait que je pouvais l’entendre. Et j’en ai été bouleversée.

Oui, car « l’autre est autre » signifie aussi que l’autre n’est pas la projection que je peux avoir de lui – et qui m’appartient.

Si, quand mon fils donne une gifle à sa sœur – ce qu’il s’était passé ce jour-là, et qui m’avait littéralement fait sortir de mes gonds, par l’image que j’y avais projetée des violences faites aux femmes – je vois en effet en lui tous les hommes violents depuis la nuit des temps… alors je ne lui laisse aucune chance, je coupe la communication entre nous, et la relation » (l’histoire que je me raconte) est biaisée dès le départ : quoi qu’il puisse chercher à me dire, je serais fermée au dialogue.

Je souhaite m’inscrire en faux et lutter contre le système de la société patriarcale dans laquelle on a tou·te·s vu le jour et qui est construite sur une hiérarchie entre les individu·e·s – dont le principe même va à l’encontre de mes convictions les plus profondes – sans pour autant sembler reprocher aux hommes « qui » ils sont. Au contraire, un par un, leur donner entendre notre voix, les aider à voir à travers nos yeux, à vivre le monde via l’expérience que l’on en a.

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L’autre étant autre, différent·e, séparé·e, et aussi respectable et libre que moi dans ses choix de vie, son libre-arbitre, ses désirs, je n’ai par principe, aucun « droit » sur elle ou lui.
Quand ielle décide quelque chose, c’est son choix. Je peux parler de moi, de ce que ça provoque en moi, des émotions que peut-être ça réveille… mais ça reste son choix, sa vie. Chaque être est libre, absolument, intrinsèquement.

Et la seule façon de savoir ce que l’autre a en tête, quelles sont ses émotions, ses désirs, ou ses motivations… est de le lui demander.
Ne pas faire de projections, de suppositions, d’hypothèses… qui ne sont que des pensées qui, par définition, m’appartiennent et n’ont rien à voir avec la réalité.

Demain… je reviendrai sur la pratique de la communication compassionnelle – terme que je préfère à « communication non-violente », car de manière générale, je n’aime pas ce qui se définit en « non-quelque chose » (dans « non-violente », j’entends encore la référence à « violente »).

Hâte de lire vos commentaires,
avec plaisir,
amour et bienveillance,
Isabelle

NB. Si vous souhaitez m’encourager à écrire mon livre sur la polyamorie et les relations positives et éthiques, vous pouvez :
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