Voyage en Polyamorie #17. 11. Être moi-même

Plus j’ai avancé dans ce Voyage en Polyamorie, commencé je ne savais pas trop pourquoi, ni où j’allais, ni pourquoi même j’avais besoin de l’entreprendre, plus j’en ai senti la force en moi, comme une force tellurique, ancestrale, puissante, des profondeurs. Une force mystique, qui me dépasse complètement.
Aujourd’hui, je me réveille comme rincée, lessivée, essorée. Comme si j’étais passée par le programme d’une machine à laver, et que je me réveillais nue, à la fois fragile et forte, comme un nouveau-né, avec ma vie devant moi, et tous les possibles. À nouveau étonnamment reconnectée à moi-même, à ma force intérieure, à ma créativité. Je ne saurais pas même vraiment l’expliquer.
Depuis quelque temps déjà, je sens que les choses bougent en moi, que je ne vois plus le monde de la même manière. Je crois que l’un des premiers déclics est venu de mon fils, quand il m’a dit : « Maman, parfois tu me regardes comme si tu voyais en moi un ennemi, un prédateur. Maman, tu vois en moi mon père, et derrière lui, tous les hommes. Mais je ne suis pas mon père, je ne suis pas « les hommes ». Je suis ton fils. »
J’ai parfaitement conscience qu’il m’a dit ça ce jour-là, parce que j’étais capable de l’entendre, et de le recevoir. J’ai entendu, j’ai accueilli, j’ai pleuré, et je l’ai remercié de la confiance qu’il me témoignait en se dévoilant ainsi à moi.
Et au fond de moi, je savais qu’il avait raison. De toute façon, par le fait même que c’était son ressenti, il avait « raison ». Et je n’avais rien d’autre à faire qu’à l’entendre, et le recevoir.

Je crois que c’est en partie la force de la métaphore entre proies et prédateurs, victimes / bourreaux, dans le magnifique film Zootopie, qui nous a permis, à l’un comme à l’autre, de comprendre, de manière très profonde, la répartition des rôles entre hommes et femmes dans cette société patriarcale dans laquelle on vit, ces codes, ces schémas et ces peurs avec lesquels s’est construit.e.s, les un.e.s et les autres.

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Les hommes ont peur de la puissance de la sexualité des femmes. Alors ils ont eu besoin de la brider, de la contrôler. Cette capacité des femmes (entendre : la part féminine en chacun.e de nous) de comprendre le monde, de descendre dans leur moi profond, de parler avec leurs émotions, leurs ressentis, leur cœur émotionnel, d’être connectées aux forces de la terre, aux forces de la vie en nous.

Les hommes ont bâti cette société sur le rapport de forces, la domination, le pouvoir, la propriété, la possessivité. Sur une logique du manque (les anglophones utilisent le mot « scarcity » : pénurie, rareté, famine). Parce qu’ils.elles sont en nombre limité, j’accumule des richesses, des biens, voire des femmes : au cas où je vienne à manquer, je fais des provisions.

Cette société patriarcale, qui apprend aux un.e.s et aux autres, et ce, depuis tout petits, que leurs émotions, leurs ressentis, ne sont pas légitimes. On dit aux petites filles qu’elles font des scènes « pour rien« , que c’est « de la comédie » : Ne fais pas ton cinémaquelle comédienne tu fais ! Tu n’en fais pas un peu trop ? On les ridiculise, on les dévalorise.
C’est la maîtresse de ma fille l’autre jour au cinéma qui me dit, quand j’exprime mon désir d’être assise à côté d’elle (ma fille) : Vous n’allez pas faire un caprice ? Vous n’êtes plus une petite fille !
Quel « caprice » ? Quelle « petite fille » ? J’exprime mon désir, et mon désir est légitime.
Parallèlement, on apprend aux petits garçons à refouler leurs émotionsUn garçon, ça ne pleure pas ; dans notre famille, on sait se tenir ; chez nous, on se contrôle. Et on leur met en tête tout un tas de « devoirs » et obligations : de performance, de protection, de conquêtes, de « signes extérieurs de richesse« .
Et on offre aux petites filles des poupées, en leur expliquant qu’elles aussi, un jour, elles seront « maman ». Est-ce qu’on explique aux petits garçons qu’un jour ils seront « papa », est-ce qu’on les encourage à jouer à la poupée afin que le jour venu, ils sachent bien s’occuper de leur nouveau-né ? Que nenni. Les jouets de « filles », sont dévalorisés.
Ma fille, dès sa rentrée au CP, a lâché les robes et le rose, pour s’habiller « comme un garçon », en jogging et baskets. Parce qu’elle sent bien que les garçons sont « plus forts » et qu’elle veut être comme eux. Alors chaque jour, elle s’entraîne : elle fait des pompes et des bras de fer, elle se muscle, elle court, elle porte les sacs des courses : pour être « plus forte ».

On vit dans une société qui a le culte de la performance, qui valorise « l’avoir » et le « faire » sur l' »être ». Toujours plus. Accumuler. Les derniers gadgets, les marques à la mode. Tout va vite, toujours plus vite. On n’a plus le temps de rien. Les réseaux sociaux nous donnent l’illusion d’être connecté.e au monde, mais ça n’est qu’une illusion. En réalité, on est sans doute plus seul.e qu’avant, chacun.e derrière son ou ses écrans multiples.
On ne prend pas/plus le temps de se poser. De se « pauser ». Faire une pause. Se regarder en face, et prendre le temps de se demander qui on est, nous, très profondément, et ce qu’on attend de la vie, et de nos relations aux autres. Qu’est-ce qui est important pour nous, vraiment ? De quoi a-t-on envie, vraiment ? Qui a-t-on envie de voir, vraiment ? Avec qui aimerait-on passer la soirée, si on avait le choix ?

Ce Voyage en Polyamorie, ce blog où je me suis astreinte à écrire un article par jour depuis déjà 17 jours, m’a permis ça : de me « pauser ». De regarder en moi-même, et de m’interroger. Sur l’amour, la liberté, ma dépendance aux modèles et schémas ambiants. De me demander à quel point les croyances et les peurs créées par les générations avant nous étaient ancrées en moi. Si ma peur des hommes – et ma colère, dérivée de cette peur fondamentale, physique, aussi bien que psychologique – n’était pas héritée de celle de ma mère. Et au-delà, de celle de sa propre mère, et ce, sur des générations et des générations.

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Parallèlement à mon voyage, étonnamment, la société française me semble en train de bouger. Ces femmes qui soudain, osent enfin parler, lever le voile sur le tabou des violences sexuelles et du harcèlement sexiste au quotidien. Ces 17 ex-ministres qui écrivent cette tribune : « Nous ne nous tairons plus. » Les articles et interviews de Muriel Salmona qui atteignent enfin la sphère des médias nationaux. Cet article d’un journaliste dans Libération, enjoignant les hommes, eux aussi, à se lever aux côtés des femmes en écrivant : « C’est parce que ces femmes pensent, à juste titre, qu’elles ne seront pas entendues, écoutées par leurs collègues masculins, les cadres, etc. qu’elles ne disent rien. Et que le harceleur se sent légitimé. Très souvent, pourtant, nous savons ce qui se passe. Ne faisons plus semblant de ne pas savoir. Et ne nous cherchons plus d’excuses pour ne pas voir et dire. » J’en ai pleuré.

Je me sens femme. Je me sens enfin, entendue.
Ex-victime de violences psychologiques, sexistes, si non sexuelles.
Je me sens fière d’être femme parmi les femmes. À la fois infiniment triste et en colère d’entendre que toutes ont la même expérience, et en même temps, heureuse que toutes  enfin, reconnaissent cette sororité entre nous.
Jusqu’à présent, quand je parlais, j’avais l’impression d’être en position de « victime », donc de « faiblesse » : comme dans « faible femme », « le sexe faible », ou « les femmes et les enfants d’abord ». Et les faibles ont toujours tort dans cette société binaire qui valorise les « winners« , par opposition aux « losers« .
Le fameux « La raison du plus fort est toujours la meilleure » de la fable Le Loup et l’Agneau.

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Aujourd’hui, je récupère ma puissance. Je peux parler, et ma parole peut être entendue.
Je ne dépends plus d’un homme, du regard d’un homme, de la valorisation ou non d’un homme. Ma valeur m’appartient. J’ai de la valeur en moi-même. Ma parole a de la valeur. Je suis entendue. Je suis entière. Je m’appartiens.

Je me sens libérée.

Ce n’est sans doute pas seulement grâce à mon Voyage en Polyamorie, mais aussi à la conjonction de ce voyage et de tout ce qu’il s’est passé autour en parallèle : mes échanges avec mes amies, mes lectures sur les réseaux sociaux, les différents articles. Et aux discussions avec mon fils. Et à mon « Je n’ai plus peur du loup« , sorti spontanément à mon coiffeur vendredi dernier (j’en ai été la première surprise à m’entendre le dire !).  Libérée de la peur qui m’entravait.
Je renais à moi-même.

Comme le disait mon coiffeur : « je travaille mon m’aime« .

moi m'aime

Hier, j’ai lâché prise, profondément, totalement.

J’ai compris que si j’avais peur de l’amour que l’homme que j’aime peut éprouver pour une autre que moi, en plus de son amour pour moi, c’est parce que je vivais au royaume de la Peur, et non dans celui de l’Amour et la confiance.
J’ai choisi d’avoir confiance en lui, et dans son amour pour moi.
Si je n’ai plus peur du loup, si je me suis départie, une à une, de toutes les protections que j’avais soigneusement érigées autour de moi, comme autant de barricades et de barrières, en descendant dans le fond de ma caverne, je peux remonter en étant dans l’amour, et uniquement dans l’amour.

J’ai ressenti que j’avais construit ces barrières, une à une, depuis l’enfance, sans doute parce que comme (presque) chacun.e d’entre nous, j’ai été élevée dans la VEO : la Violence éducative ordinaire. Celle qui nous est tellement habituelle, qu’on n’y fait même pas/plus attention.
À ce propos, lire absolument, impérativement, le formidable article de mon amie sociologue et thérapeute Frédérique Herbigniaux : La Violence éducative ordinaire : enfant du patriarcat.

Je me suis construite dans l’idée que je devais me méfier des autres, et notamment des hommes, qui n’étaient pas fiables, dont le soi-disant « amour » (car je ne savais pas que ce que je croyais être de l’amour, n’en était pas) pouvait mener à des dangers, des violences, des abandons.
Je vivais au royaume de la Peur, et je projetais ces peurs venues du tréfonds de mon être… sur l’homme que j’aime. Je ne lui faisais pas suffisamment confiance et je me sentais en danger, si soudain une autre entrait dans sa vie.
C’est ça, que j’ai lâché hier.
Parce que j’ai compris que ces peurs étaient « mes » peurs, mes projections, héritées d’avant, et peut-être même d’avant moi, d’avant ma naissance. Et que si je lâchais ma peur du loup, alors je pouvais aussi lâcher toutes ces peurs qui ne m’appartenaient pas/plus.
Et j’ai lâché. D’un coup. Tout.
Et ce matin, je me suis réveillée lessivée, essorée, vidée… mais aussi moi m’aime, entière, autonome, sereine, solide.
Si je lâche prise, si je reconnais et accepte que je n’ai pas de prise sur « sa » moitié de la relation et sur les relations qu’il peut vivre avec d’autres que moi, alors je récupère l’entièreté de « ma » moitié de la relation, elle m’appartient à moi. À moi qui m’aime.Je me retrouve entière, whole. Je n’appartiens à personne et personne ne m’appartient. Je ne suis plus dans la dépendance, mais uniquement dans l’amour. Dans l’amour qui est don de soi. Et liberté. La mienne, et celle de l’autre. Intrinsèquement. Profondément. Philosophiquement.

Roue du voyage J’avais prévu d’intituler cet article #17, étape n°11 de mon Voyage en Polyamorie,  « Résurrection » d’après le Voyage du héros, « Rebirth / renaissance« , d’après celui de l’héroïne (toujours entendre : la part masculine, consciente, dans l’action, et la part féminine, inconsciente, dans l’introspection, en chacun.e de nous).

En effet, même si je ne savais pas véritablement où j’allais, dans le sens où je ne savais pas à l’avance ce que j’allais écrire et le découvrais moi-même au fur et à mesure, au moment même où je l’écrivais… j’avais tout de même une idée générale du voyage et de sa structure. En témoigne ci-dessus la roue que j’ai dessinée au tout début de ce voyage et qui a été ma boussole : ce voyage, comme un scénario de fiction, a une structure dramatique.

Mais je ne savais pas comment j’allais écrire ça, et surtout si j’allais le comprendre de l’intérieur, d’une manière ou d’une autre, ou bien si j’allais devoir le « plaquer » de manière un peu artificielle.

Ce matin, sensation première d’être, comme je l’ai dit, « lessivée, vidée, essorée », passée par le programme essorage d’une machine à laver. Et puis, soudain, l’image s’est imposée à moi : j’étais en effet vidée, comme déprogrammée, nettoyée de toutes ces peurs qui m’avaient construite et protégée jusque-là. Et je pouvais, en effet, renaître à moi-même. J’en ai été la première bouleversée. Car si la « renaissance » était écrite sur ma roue, je ne pensais pas réellement l’éprouver dans la vraie vie – juste l’écrire, la théoriser, la fictionaliser.

En quoi mes pensées créent-elles ma réalité ?
Je pense que je réinterprète mes sensations, que je cherche à leur donner un sens. Le travail de fiction n’est rien d’autre que d’essayer de donner un sens à une existence qui sinon, n’en a pas, comme un bateau qui dériverait au gré des flots. Je choisis de lui donner une direction, un cap, voire une destination.

L’autre jour, discutant polyamorie, une amie me dit : j’ai du mal à déterminer mon objectif. Je lui réponds, du « haut de mon savoir » et de ma grande expérience (sourire d’auto-dérision, là) : Tu n’as pas nécessairement besoin d’avoir un « objectif ». Tu peux aussi vivre au jour le jour. Et observer où tu vas, en te faisant confiance. 
Quelques minutes après, je sors du café sur ces quelques mots : Et garde le cap !
La porte franchie, une fois sur sur le trottoir, j’éclate de rire, n’en revenant pas moi-même : je m’étais entendue dans toutes mes contradictions. (NB. Ne jamais avoir peur du ridicule !)

Éviter les généralisations, fuir les certitudes, autant que les projections, les anticipations, les attentes : car elles figent, enferment, anesthésient.

Une seule solution à mon sens, celle que nous propose Susan Jeffers dans un de ses livres, qui, comme tous, me touche en profondeur : Embracing UncertaintyC’est aussi le sens de ce que l’on appelle l’impermanence de la vie.

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On ne sait pas de quoi demain sera fait. Ne pas faire de plans sur la comète. Si on a des attentes, des projections, des espoirs… on ne peut qu’être déçu.e.
On ne peut pas s’engager sur l’avenir. La vie est mouvement, la vie est changement. Quand on arrête de bouger, de changer… c’est qu’on est mort.e !

Susan Jeffers propose plusieurs « trucs » de langage. Par exemple, au lieu de dire « J’espère… » qu’il appellera,qu’elle pense à moi, que je le/la verrai bientôt, dire « I wonder / Je me demande… » s’il va appeler, si elle pense à moi, si je le/la verrai bientôt.
Essayez : ça change tout !

Mon fameux « …- ou pas« , c’est d’elle aussi que je le tiens.
On sera toujours ensemble dans un an… – ou pas. Je t’attendrai… – ou pas.
À chaque fois que vous vous surprenez à émettre une certitude (ou un vœu) sur l’avenir, ajoutez « … – ou pas ». C’est très libérateur.
Ça permet de ne pas s’accrocher à des choses sur lesquelles, de toute façon, on n’a aucune prise. Et par définition, on n’a aucune maîtrise sur des émotions et des sentiments.

Comment des amoureux aujourd’hui peuvent-ils se leurrer eux-mêmes à vouloir croire leurs promesses faites de vent et de poussière : Je t’aimerai toujours, mon amour ; toi et moi, c’est pour la vie ; je ne quitterai jamais.
Comment peut-on faire des promesses sur des sentiments, des émotions ?

Le sentiment d’amour se construit sur la répétition de moments et d’émotions d’amour, jour après jour. Les émotions, par définition, sont passagères, éphémères. On aime quelqu’un.e quand se renouvellent entre nous, jour après jour, ces moments de partage d’émotions positives et d’échange d’ocytocine qu’on appelle l’amour.

Mais l’amour peut disparaître, du jour au lendemain, si on le néglige. L’amour entre deux personnes est comme une plante, qu’il faut arroser et dont il faut prendre soin, jour après jour.

On ne peut jamais être sûr.e de rien, et certainement pas du sentiment amoureux. Lâcher prise, fondamentalement.

Quand on choisit en conscience de vivre en Polyamorie, il y a plus de chances, statistiquement, qu’en Monogamie, qu’en s’autorisant mutuellement à vivre d’autres relations, on développe de véritables histoires d’amour.
Au début d’une histoire d’amour, il y a d’abord une attirance, un désir de mieux connaître l’autre, parfois un désir sexuel. Ce n’est que si l’on s’autorise à vivre cette histoire, que peuvent alors se développer des sentiments d’attachement plus forts entre deux personnes.

Et il y a des chances que quand on voit la personne que l’on aime tomber amoureux.se d’un.e autre, ou en avoir envie et nous le dire dire, cela réveille en nous des insécurités.
L’autre est libre, comme moi-même je suis libre, intrinsèquement, et on n’a pas, on n’aura jamais, aucune prise sur ses émotions et ses sentiments. Alors autant lâcher prise, dès le début et le plus tôt possible.

À ce propos, une amie chère et bien plus avancée que moi en Polyamorie, m’écrivait dimanche (je la cite avec son autorisation) :
« Déjà savoir, comprendre, accepter que si l’on installe une forme de contrôle (je parle ici de ce contrôle sur l’autre qui prend naissance dans nos propres peurs et qui donc fait fi de l’honnêteté, et de qui est cet autre que l’on aime pour ne pas lui faire confiance ? Confiance à qui ? À soi ? À lui/elle ?), donc cette forme de contrôle sur l’autre pour apaiser nos peurs peut souvent créer une situation contraire à celle attendue.

Petit à petit, ielle risque soit de moins se confier à toi, soit de ne plus entrer en relations, soit de ne vivre que des moments où ielle niera ses sentiments pour d’autres… Ielle va se névroser en somme. C’est une bombe à retardement qui est en train de se fabriquer alors. Frustrations, déceptions et colères… puis boum, le clash :  ce qui a été contenu explose fatalement à un moment.
Lâcher… Se dire que cet homme / cette femme que j’aime est solide, fort.e et que j’ai bien raison de lui faire confiance et je vais travailler cette confiancenon pas la sienne, mais bien la mienne !

Tu vas aimer qu’ielle s’émancipe, qu’ielle soit amoureux.se, qu’ielle devienne gaga d’un.e autre. Ce que tu vas aimer, ce n’est pas qu’ielle aime un.e autre, ni que, sur une période, ce qu’ielle vit avec cet.te autre soit plus fort, plus pétillant et même plus enivrant qu’avec toi… non non, ce que tu vas aimer, c’est qu’ielle puisse t’en parler librement, tu vas aimer être son/sa meilleur.e ami.e et confident.e dans ces moments-là, tu vas aimer sentir combien sa parole est libre avec toi, combien ielle n’a pas peur de ton jugement ou de tes autorisations, tu vas aimer ce moment – quand il va arriver – où il n’y a plus besoin de se mentir, de faire attention, d’être précautionneux avec toi… par peur de te décevoir ou de se faire prendre en situation peu glorieuse où une règle ou une consigne a été oubliée lors d’une rencontre.

Tu vas aimer, car dans un couple, ce n’est pas le sexe ou l’amour pour un.e autre, ce n’est pas ce que l’autre vit sans nous qui est le ciment/liant de la structure, de la construction de notre couple, ce n’est pas non plus la fondation/solidité de notre couple, ce qui se vit ailleurs que sous notre regard, non non non, ce qui est et fera la force et la beauté de votre relation, c’est cette confiance particulière sans restriction qui fait de ton amoureux.se la personne avec laquelle tout peut se vivre, tout peut se dire, le meilleur comme le pire. »

Et vous, avez-vous déjà vécu l’amour de quelqu’un.e que vous aimez pour quelqu’un.e d’autre ? Comment l’avez-vous vécu ? Connaissez-vous ce sentiment qu’on appelle compersion ? Hâte de lire vos témoignages dans l’espace des commentaires ci-dessous.

Au plaisir et à demain,
Isabelle

Voyage en Polyamorie #16. 10b. L’Œil du cyclone

Ça y est, c’est dit, votre partenaire, celui ou celle avec qui vous partagez tant depuis plusieurs semaines, mois, années… a rencontré quelqu’un·e  avec qui ielle a envie de vivre une véritable histoire, pas seulement des 5 à 7 coquins, pas seulement une complicité amicalo-sexuelle. Non, ielle a envie de plus, d’une intimité, d’un partage d’émotions, de tendresse, de secrets, de moments intimes profonds… et tout cela, par définition, prend du temps.
Car elle pourrait bien être là, la faille du côté Tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil des Bisounours poly : certes, l’Amour est illimité (ou presque) et se multiplie, et de même qu’on a plusieurs ami·es, et qu’un·e ami·e qui vous dirait : Je veux bien être ami·e avec toi, mais je veux que tu n’en aies aucun·e autre, paraîtrait sorti.e d’un monde de science-fiction, on peut aimer plusieurs personnes, et l’amour que l’on éprouve pour une nouvelle personne n’enlève rien – en théorie (parce que bien sûr, il arrive qu’une nouvelle relation naisse précisément parce qu’une ancienne n’a plus de sens) – à ses amours d’avant. Certes.

Mais le temps, lui, n’est pas extensible. Et si l’amour se multiplie, si, comme le dit Françoise Simpère dans mon film, « Les amours ne pas rivales, elles s’additionnent », le temps, lui, se divise.
Et si votre partenaire a une nouvelle relation, qui soudain, parce qu’ielle est en NRE (New Relationship Energy), lui prend du temps qu’auparavant, ielle passait avec vous… comment vivre cette évolution sereinement ?

Dans LUTINE, le personnage de Gaël demande à Isa : « De quoi tu as peur ? » Elle lui répond : « Que tu me quittes. Que tu l’aimes plus que moi. Que tu passes plus de temps avec elle qu’avec moi. Que… D’être en manque… de toi. »

Être seule ne me pose pas de problème, au contraire même. Non seulement j’adore être seule, mais j’en ai fondamentalement besoin. Passer des heures en solitude et dans le silence, c’est comme cela que je peux entrer en moi-même, pour mieux écrire. J’ai besoin de ces moments de repli et d’introspection, pour ensuite retourner dans le monde et partager. Rester seule chez moi… me va très bien.

De quoi ai-je peur alors ? Car c’est bien d’une peur fondamentale qu’il s’agit, quand on cherche à l’accueillir en soi. Et c’est sans doute une peur qui nous reste du mythe de la Monogamie, dans lequel, qu’on le veuille ou non, on a baigné si longtemps, et qui continue à s’insinuer en nous via les films, les émissions de radio, les remarques des autres. Oui, mais… et si ielle tombait vraiment tellement amoureux d’un.e autre… et que ça remettait en cause votre relation ?

L'OEIL DU CYCLONE

Face à cette peur profonde, viscérale, sans doute héritée de notre enfance, pas grand-chose d’autre à faire que… de l’accueillir, de la reconnaître en nous, de l’accepter pour ce qu’elle est : une peur, rien d’autre. Une pensée, voire des pensées. Passagères, éphémères. Qui se nourrissent les unes des autres.

On peut essayer les différents outils d’accueil des émotions (#11). On peut choisir où l’on souhaite porter son attention sur la roue de la conscience. On peut se concentrer sur ses sensations en s’adonnant à la méditation de pleine conscience (#12).

On peut aussi décider… d’en profiter pour faire autre chose, qui nous plaît. Sortir, voir des ami·es, aller au cinéma. Lire, écrire, travailler.
Bien sûr.

Mais l’enjeu est bien plus profond que ça. Il s’agit vraiment de lâcher prise, totalement, complètement. De regarder la peur en face et de lui dire : Je te remercie ma peur, je sais combien tu te préoccupes de moi, et j’en suis très touché·e. Mais ne t’inquiète pas : je choisis d’aller bien. 

Comme me le disait mon coiffeur l’autre jour : Tu travailles ton t’aimeJe travaille mon m’aime.

Dans l’œil du cyclone, comme me le faisait remarquer une amie proche cet après-midi, tout est calme. On peut être en paix avec soi-même.

Par essence et de manière totalement intrinsèque à sa condition d’humain·e, l’autre ne m’appartient pas. Je n’ai aucun « droit » sur ielle.
Il ne peut pas y avoir de rapport hiérarchique, d’autorité, de pouvoir, de qui que ce soit sur qui que ce soit dans le cadre de relations saines, équilibrées, égalitaires, mutuellement respectueuses.
On ne peut que s’écouter, dans l’écoute compassionnelle, et essayer de trouver une manière de nous entendre (#13).

Si l’autre a envie, besoin de vivre une nouvelle relation qui certes, peut ne pas nous réjouir, nous agréer (on peut imaginer que la troisième personne, par exemple, ne nous donne pas toutes les garanties que l’on aimerait d’un comportement respectueux et empathique – et que malgré tout, tout en en ayant conscience, notre partenaire a envie ou besoin d’aller s’y frotter, peut-être parce qu’ielle a encore quelque chose à apprendre de ce côté-là des relations), de toute façon, quoiqu’on fasse, on n’y pourra rien.

Dans tous les cas, et fondamentalement, on ne peut agir que sur notre moitié de la relation.

Plus on va se crisper, se raidir, édicter des règles, poser des cadres, voire basculer du côté de la rive de la rigidité de la rivière du bien-être, comme dit Dan Siegel (#12) ou bien faire des scènes, des crises, lui montrer à quel point son comportement nous insécurise, et basculer du côté de la rive du chaos de la rivière du bien-être… dans un cas comme dans l’autre, cela se retournera contre nous.
Car ce serait tenter de lui faire porter la responsabilité de notre sérénité, de notre bien-être, au lieu d’en assumer nous-même la pleine et entière responsabilité.

Notre sérénité et notre bien-être… ne peuvent venir que de nous-mêmes.

La Rivière du bien-être

C’est à nous à apprendre à naviguer sur la rivière du bien-être, à ne pas trop aller d’un côté, ou trop de l’autre. Pas trop du côté du rationnel froid, rigide, logique et calculateur ; pas trop non plus céder à nos émotions, nos peurs, nos fantasmes, nos projections.

Rester centré·e, en paix avec soi-même.

Si l’autre a envie ou besoin de vivre une relation, une histoire, voire une passion… avec quelqu’un·e d’autre, plus vous tenterez d’endiguer les flots, plus vous chercherez à contrôler… plus vous serez emporté·e par le courant quand la digue cédera.
Vous ne pouvez pas agir sur une relation qui ne vous concerne pas.
Car une relation entre votre partenaire et une troisième personne… ne vous concerne pas. Vous n’êtes pas concerné·e.

Bien sûr, il est possible que votre vie en soit changée, bouleversée, même, et en ce sens, vous êtes concerné·e. Mais vous n’y pouvez rien.
L’un·e et l’autre sont libres, intrinsèquement.
Si votre partenaire a envie de vivre une relation que vous jugerez peut-être, vous, de l’extérieur, toxique… vous êtes la dernière personne à pouvoir le lui dire. Car de vous, ielle ne pourra pas l’entendre. Car la troisième personne, si elle a un comportement réellement toxique, s’empressera de lui faire remarquer à quel point vous cherchez à le/la manipuler, à la faire passer, elle, pour quelqu’un·e de manipulateur, alors même qu’elle essaie de le/la sauver de votre relation à vous.
Les manipulateurices ont ceci de redoutable qu’ielles renversent les situations comme en miroir.

Si vous êtes confronté·e à un tel comportement, à par exemple quelqu’un·e qui fonctionnerait sur une mise en place d’une co-dépendance… alors raison de plus pour lâcher prise, et le plus tôt possible. Vous n’y pouvez rien. Rien de rien.
Et plus vous lutterez contre le courant, plus vous vous épuiserez, et plus vous y laisserez de plumes.

Quand vous vivez en Monogamie, si votre partenaire a envie ou besoin de vivre une autre relation, vous ne le savez pas. Vous en êtes protégé·e. C’est en ce sens que c’est un monde plus « sécurisant », même s’il ne l’est qu’en apparence.
En Monogamie, si votre partenaire se lance dans une relation toxique, vous n’en savez rien. Vous pouvez continuer à vivre votre vie de tous les jours comme d’habitude, et vous constituez pour ielle, un havre de paix.

Quand vous avez fait le choix de vivre en Polyamorie, si votre partenaire a envie ou besoin, pour des raisons qui lui appartiennent, de vivre une relation qui ne vous donne aucune garantie de respect et de confiance mutuels… raison de plus pour lâcher prise, et pour rester, vous, ce havre de paix et de sérénité.

Vis ce que tu as à vivre, mon amour. Je t’attendrai.
Ou pas.

Car si vous n’avez prise que sur la moitié de la relation qui vous appartient, vous avez malgré tout prise sur cette moitié. Et vous pouvez, pour vous-même, décider de ce que vous êtes prêt à accepter… ou non.
Quelqu’un·e qui poserait d’emblée, par exemple, des conditions exclusives (C’est comme ça et c’est moi qui pose mes conditions, et si tu n’es pas d’accord, j’annule tout) vous propose, implicitement, un jeu de dupes : si vous rentrez dans son jeu, si vous acceptez de jouer au jeu du C’est qui le/la plus fort·e, alors vous allez perdre, à coup sûr.

La seule manière de s’en sortir, c’est de ne pas jouer.

Et si les enjeux montent, si les conditions deviennent trop pénibles pour vous, si voir votre partenaire dans des postures trop inconfortables, trop douloureuses – alors qu’on est bien d’accord que l’amour est censé être un plaisir, un bonheur, une joie… pas vous faire peur ou vous faire pleurer – vous devient insupportable, alors vous avez le choix de vous retirer, vraiment.

Parfois, il faut « laisser couler« , comme disait le marabout au personnage de Louise interprété par Marie Gillain dans Tout le plaisir est pour moi, mon premier long-métrage. « Laisser couler… quoi ? » lui demandait-elle. – « Laisser couler. Tout. » 

La vie est mouvement, la vie est changement. Si on ne change pas, si on ne bouge plus… c’est qu’on est mort·e !

Vouloir s’accrocher à tout prix à ce qu’on avait… mais qu’on n’a, de toute façon, déjà plus, au moment même où quelqu’un·e de nouveau fait son entrée dans le paysage, c’est s’exposer à des déceptions, des frustrations.
C’est poser des attentes… qui ne pourront qu’être déçues.

Vivre au jour le jour, dans le moment présent.
Vivre en gratitude, en paix avec soi-même.

Célébrer la vie en nous, nous réjouir de ce que l’autre nous apporte… et de ce qu’ielle ne nous apporte peut-être plus, et qui nous permet de développer d’autres activités, d’autres amitiés, de faire peut-être nous aussi des rencontres.

Avoir peur, projeter sur l’avenir, faire des suppositions… est voué à nous créer des nœuds dans le cerveau, et souvent on provoque ce dont on a le plus peur.
Nos pensées créent notre réalité. 

La seule et unique option qui s’offre à nous, est donc de lâcher prise, et de laisser venir, le cœur ouvert. Et sans doute alors qu’on connaîtra des joies nouvelles auxquelles on ne s’attendait pas, des bonheurs inédits.

Ne plus se laisser dicter son comportement par ses peurs… mais par l’Amour.
Choisir la voix, la voie de l’Amour en nous.

Faire confiance à notre partenaire. Avoir confiance dans notre relation, dans ce qu’on a construit ensemble. C’est la personne dont on se sent le plus proche, la personne en qui on a le plus confiance : ielle saura choisir ce qui lui convient le mieux. On a confiance qu’ielle ne fera rien contre nous.

Célébrons ce que les bouddhistes appellent l’impermanence de la vie. La vie est changement, la vie est mouvement. Les relations sont faites pour changer, évoluer.

En Monogamie, on n’a que deux solutions : rester ensemble ou se quitter. Et c’est souvent la rupture, tragique, douloureuse. Comment quelqu’un·e qui, quelque temps avant, était « tout » pour nous, n’est plus rien du jour au lendemain ? Je n’ai jamais compris.

En Polyamorie, on peut être plus souple, plus inventif·ve, plus créatif·ve… et c’est tant mieux. Les relations sont amenées à se modifier, à se réinventer, chaque jour. Une relation qui a été fusionnelle pendant quelques années, peut soudain, parce qu’une troisième personne fait son apparition dans le paysage, évoluer vers une relation plus espacée en termes d’emplois du temps, mais tout aussi profonde dans le fond et le partage des émotions. Et le fait que l’un.e des deux ait une nouvelle relation qui lui prend du temps, peut dégager du temps libre pour l’autre, qui pourra en profiter à son tour à sa guise.

Sauf dans le cas de relations avérées toxiques (j’en connais personnellement malheureusement un rayon, mais justement, je me dis désormais que c’est une chance : je n’ai plus peur, car je les repère aux premiers symptômes), il n’y a aucune raison, en Polyamorie, de raisonner en termes de ruptures et de séparations.
Parlons plutôt de transitions, d’évolutions.

Lâcher prise.

Dans LUTINE,  j’avais écrit une séquence avec ma psy (qu’interprétait ma vraie psy à l’époque, et puis qui a été coupée au montage) où elle me disait : Lâchez prise. Et mon personnage répondait : J’arrête pas de lâcher prise. En attendant, je contrôle plus rien, moi !
Elle me demandait alors : »Vous connaissez la différence entre laisser tomber et lâcher prise ? » Elle prenait un stylo dans sa main, paume vers le bas, et le lâchait : il tombait. « Ça, c’est laisser tomber« . Puis elle reprenait le même stylo dans la main, paume vers le haut cette fois-ci, et elle ouvrait sa main. Et disait : « Ça, c’est lâcher prise« .

L’autre est libre, fondamentalement, intrinsèquement. Ielle vit ce qu’ielle a à vivre, sur son chemin de vie. Vous n’y pouvez rien, rien de rien. Juste veiller à votre moitié de la relation. Et prendre soin de vous, veiller à votre propre bien-être, à votre propre sérénité.

Une relation se tisse entre deux personnes. Si vous avez envie de quelque chose, mais que l’autre a envie d’autre chose, vous ne pourrez rien y changer. Et si entrent dans votre relation la moindre contrainte, le moindre contrôle, ou une quelconque forme de chantage, affectif ou autre, alors ce n’est plus une relation libre et en conscience. Et vous fabriquez une bombe à retardement.
Lâchez prise !

Et repensez aux accords toltèques :
ayez une parole impeccable : pas de jugements, pas de projections, contrôlez l’expression de vos émotions ;
ne prenez rien personnellement : si l’autre agit comme il agit, ce n’est pas contre vous, mais parce qu’ielle agit comme ielle pense que c’est le mieux pour ielle, même s’il s’agit de comportements qui produisent l’effet inverse de ce qu’ielle souhaite. Dans ce cas, n’entrez pas dans son jeu. Enfilez vos oreilles de girafe et apprenez à entendre ses besoins non satisfaits et exprimés de façon si tragiquement suicidaire. Ne faites rien que vous pourriez pas assumer en vous regardant dans un miroir.
ne faites pas de suppositions : quand vous ne comprenez pas quelque chose que fait l’autre, posez-lui la question. Ne projetez pas vos propres angoisses, vos propres peurs.
– Dans tous les cas, faites de votre mieux. Pas moins, pas plus.

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Dans l’œil du cyclone, c’est la paix. Au fond de votre ventre, ça peut être la paix aussi. À vous de le choisir, de le décider. Tout comme une tempête qui fait rage sur la mer déchaîne les vagues et met les éléments en furie… tandis qu’en-dessous, tout au fond de la mer, c’est calme, serein, tranquille.

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Et vous, comment imaginez-vous que vous réagirez le jour où votre partenaire vous annoncera qu’ielle a envie de vivre une histoire d’amour avec quelqu’un·e d’autre ? Cela vous est-il déjà arrivé ? Comment l’avez-vous vécu ? Hâte de lire vos témoignages et récits dans l’espace des commentaires qui vous est réservé ci-dessous.

Au plaisir et à demain,
Isabelle

Voyage en Polyamorie #14. Lâcher prise

Après avoir vécu un temps dans le monde ordinaire et sécurisant de la Monogamie (#2), on a soudain, suite à un accident, une maladie, une rencontre, une émission, un livre… fait face à la désillusion, comme une révélation (#3) : la société dans laquelle on a grandi et dont on a intégré sans même en avoir conscience les codes et les croyances, repose en réalité sur une vaste hypocrisie. Tout le monde fait mine d’adhérer au mythe de l’Amour romantique, l’Amour toujours, l’Amour qui conquiert tout et dure toute la vie pour une seule et unique personne (et si l’amour vient à disparaître, c’est que cette personne « n’était pas la bonne », et on s’emploie à passer à la suivante… enchaînant ainsi des monogamies sérielles)… et en même temps, dans la « vraie vie », rares sont les couples durables qui sont réellement heureux : combien de concessions, de compromis, jour après jour, qui sont autant de sacrifices ? Combien ont renoncé à exprimer leur véritable personnalité ? Combien sont frustré.e.s, ou tout simplement, comme je l’ai été si longtemps, « mort.e à l’intérieur » ? Et combien qui passent pour des conjoint.e.s « exemplaires »… sont en réalité adultères ?
Sauf que si tout le monde triche, et porte le masque du/de la partenaire exclusif/ve exemplaire – alors qu’il n’en est rien – comment les autres pourraient-ils savoir, quand arrive leur tour d’être confronté.e au désir extérieur, qu’ils ne sont pas seul.e.s à vivre ce dilemme, cette déchirure intérieure ? Pour quelques-un.e.s qui assument pleinement et absolument d’être adultères, parce qu’ielles assument d’être avant tout fidèles à eux/elles-mêmes… combien le vivent dans la honte et la culpabilité (deux sentiments qui sont des projections des règles de la société en nous et sont avant tout destructives – voir à ce propos ce qu’en écrit Yves-Alexandre Thalmann dans Au diable la culpabilité) ?

Un jour, donc, on s’est réveillé, et on a vu le monde autour de nous tel qu’il est vraiment. Et on a décidé – ou accepté – de suivre la petite lumière en nous, qui nous indiquait qu’il était possible de vivre autrement (#4). Alors on s’est renseigné, on a cherché, on a lu…: en un mot, on s’est préparé.e au voyage (#5). Et puis on est parti.e : on a largué les amarres, bravant nos peurs (#6).
Et pourtant, elles étaient grandes, nos peurs, et à juste titre : car on le sait au fond de nous, la société, nos pairs, notre famille… nous le feront payer très cher quand ils découvriront ce que eux, de leur point de vue, considèreront comme une trahison. On est sorti.e du jeu. On a choisi de devenir un électron libre, on s’est connecté.e à notre moi profond – tout ce qu’elles/eux n’ont jamais osé faire : remettre en cause les certitudes et croyances avec lesquelles on a toujours grandi.

Alors ça y est, on navigue en eaux inconnues. Et ça tangue, et on n’a pas (encore) le pied marin, on glisse, on manque de tomber, on a le mal de mer (#7). Et on rencontre, bien évidemment, les premiers obstacles (#8). On s’y attendait, on s’y est préparé.e. Ça remue, ça secoue… mais à chaque fois, on a décidé de vivre l’obstacle comme une opportunité qui s’offre à nous. On n’a plus de repères, et on est de plus en plus seul.e, car on ne correspond plus à notre monde d’avant (No Longer Fits Her World, propose Kim Hudson dans The Virgin’s Promise.)

Liiou - Bateau + requin

En réalité, le voyage du héros et celui de l’héroïne (entendre : le masculin en nous et le féminin en nous, l’extérieur et l’intérieur, le conscient et l’inconscient) sont complémentaires, à la fois symétriques et opposés.
Le héros part à l’horizontale, à la surface de la terre, à la conquête de nouveaux territoires (#6, #7, #8) , pour combattre le dragon au fond de sa caverne (#9) et en ramener l’élixir (#14) qui lui permettra, après une ultime bataille sur son chemin du retour (#15), de revenir sauver son village et sa communauté qui étaient en danger et le soutiennent depuis le début : il se bat pour eux, et à leur place, en représentant.

L’héroïne, elle, descend en elle-même et dans les profondeurs de la terre, à la recherche d’elle-même. Tandis qu’à chaque obstacle rencontré, le héros s’aguerrit, s’affermit, acquiert de nouveaux outils, qui le rendent de plus en plus expérimenté pour pouvoir vaincre le dragon… l’héroïne, elle, à chaque porte du jugement qu’elle franchit, se dépouille un à un de ses oripeaux, se coupant de plus en plus de sa communauté d’origine qui la juge très sévèrement, car, en remettant en cause les principes et les croyances du monde de dépendance dans laquelle ils vivent, elle les renvoie à leurs propres compromis, concessions et sacrifices, leur montrant qu’il est possible, si on le choisit en son âme et conscience, de vivre sa vie – ce qui est insupportable pour elles/eux, qui ont renoncé, ou bien qui n’en ont même pas l’idée.

C’est donc totalement nue qu’elle atteint le fond de la grotte, le fond du gouffre, le ventre de la baleine (#9). Là, sachant que tout ce qui l’avait aidée dans sa vie ne lui sert plus à rien, elle fait face à sa plus grande peur : elle est confrontée à la Grande Déesse, la Déesse de la destruction et de la créativité. Celle qui a le pouvoir de vie et de mort. La Mère, qui donne la vie, et peut vous la reprendre, la Mère dévoreuse. Le père TyranLiiou - Maman nue Elle lâche prise, elle n’a plus d’autre option. Elle renonce. Elle accepte de mourir. Elle devient humble. Et en devenant humble, en renonçant à se battre… elle se connecte à la part d’humanité en elle. Elle devient réellement elle-même, homme ou femme, ou ni homme, ni femme, queer, et se connecte à tous/tes les autres qui ont entrepris ce voyage avant elle et en sont revenu.e.s. Et ces autres lui tendent la main, et lui montrent la lumière à la sortie du tunnel (#10).

Le héros surmonte ses peurs pour acquérir des outils et franchir les obstacles qui, comme autant d’opportunités, le rendront plus fort pour affronter le dragon.
L’héroïne, elle, fait un chemin d’acceptation et de lâcher-prise. C’est parce qu’elle se dépouille de toutes ses certitudes et croyances, que chaque nouvelle étape de sa descente la rapproche d’elle-même.

Alors que le héros est tout du long soutenu par sa communauté, qui l’encourage au début et l’attend à l’arrivée… l’héroïne, elle, est lâchée par sa famille d’origine et la société qui la considèrent comme une traîtresse puisqu’elle a rompu le pacte. Ce n’est qu’au fond du ventre de la baleine, qu’elle découvrira sa nouvelle famille, celle qu’elle se sera choisie, sa nouvelle communauté, celle des gens éveillés, qui sont passés par là avant-elle, et lui tiennent la main pour remonter. Elle n’est plus seule. Elle n’est qu’un maillon parmi une longue chaîne d’électrons libres, qui, chacun.e différent.e les un.e.s ont malgré tout en commun ceci qu’ils ont rompu avec leur famille première, et ont choisi de vivre leur vie, en accord avec leur petite flamme intérieure – et en en payant malheureusement souvent le prix (ils y ont sacrifié leur confort, leur sécurité, parfois leur famille).

Ces autres vont partager avec elles tous les outils, toute la sagesse qu’ils ont acquis au cours des générations et des générations de créateurs/trices, d’inventeurs/ses, de pionnier.e.s, d’aventurier.e.s (#11, #12, #13) et dont elle ne sera, à son tour, qu’une courroie de transmission. Car sa mission, son chemin de vie, est de remonter à la surface, plus riche de tout ce savoir… et de le transmettre à son tour aux suivant.e.s.
Mais n’allons pas trop vite.

Le Voyage du héros et de l'héroïne

Nous voilà donc dans l’étape #14 de notre voyage. Notre héroïne / ou héros (rappelons que le féminin et le masculin ne sont utilisés que comme des archétypes, le yin et le yang), remonte donc à la surface en étant libéré.e, délesté.e de tout ce qui le/la rendait dépendant.e de son monde d’origine. Elle n’a plus peur. En acceptant, en accueillant ses peurs comme faisant partie d’elle… elle les a intégrées, et marche à leurs côtés. Au lieu de les combattre comme des ennemis, comme le fait la part masculine en elle, elle les accueille comme des alliées. Elle est réconciliée avec elle-même, et reconnaît ses peurs comme faisant partie d’elle-même : elle n’est pas ses peurs, mais ses peurs sont une partie d’elle, là pour l’alerter, la protéger, l’aider à avancer, pour aller plus loin, toujours plus loin.

Liiou - Maman nue de dos

Elle peut se réconcilier avec le féminin en elle, avec sa féminité. Elle pardonne à sa mère. Car le pardon est le plus puissant de tous les outils. Accepter l’autre pour ce qu’ielle est. Qui fait ce qu’ielle peut, du mieux qu’ielle peut sur le moment, avec ses propres peurs, failles, béances.

Elle lâche prise. Elle reconnaît que l’autre est autre. Libre comme elle est libre elle-même. Une personne autonome, avec ses failles et ses richesses. Qui fait de son mieux. Elle/lui aussi sur son propre chemin de découverte – ou pas (car certains vont accepter la mission qu’il leur est assignée par leur communauté d’origine (agir, conquérir, protéger) sans jamais se poser la question de ce qu’ils désirent eux… et ne jamais se connaître eux-mêmes, continuant la tradition, prisonniers des croyances des autres, restant à la surface de la terre.)

L’autre est libre. Comme je suis moi-même libre. Ielle ne m’appartient pas plus que je ne lui appartiens, moi. Nous vivons toutes et tous sur des petites embarcations différentes et séparées. Parfois nous choisissons de vivre un bout de chemin ensemble. Parfois cela dure longtemps. Parfois moins. Ce n’est pas la durée de la relation qui compte, mais la qualité de ce qu’elle nous apporte, sur le moment, pendant le temps où on la vit, pleinement, nous aidant à nous approcher de qui on est vraiment, et de qui on a envie d’être.

Quand vous êtes en relation avec quelqu’un.e, posez-vous la question : ce quelqu’un.e réveille-t-il le meilleur en vous… ou le pire ? Vous aimez-vous quand vous vous regardez en interaction avec lui/elle ? Vous reconnaissez-vous ? Avez-vous envie de vous prendre dans les bras et de vous dire à vous-même : je t’aime ?

Hier, chez mon coiffeur. Me découvrant en robe rouge, il me dit : Attention au loup. Je ne comprends pas. Je lui réponds : Le loup s’habille en noir, pas en rouge ! Je n’avais pas compris : je croyais qu’il me prenait moi, pour un loup.
Il précise : Tu es le Petit Chaperon rouge.
Je ris alors, et lui dis, comme ça vient et sans réfléchir : C’est incroyable que tu me dises ça, là, maintenant. Parce que justement, depuis ce matin, je n’ai plus peur.

Liiou - Maman petite en rouge

Dix minutes plus tard, son collègue, à qui je raconte que j’écris ce Voyage en Polyamorie sur mon blog, tout en finissant la deuxième version du scénario de mon troisième long-métrage (qui raconte l’histoire d’un couple qui s’ouvre à la Polyamorie), et à qui je dis : Je travaille mon thème ; me répond en souriant : Tu travailles ton t’aime.
J’aime mes coiffeurs…

J’ai écrit au début de ce voyage : Je ne sais pas où je vais… mais j’y vaisEt je commence simplement à entrevoir le sens de tout ça. Je lâche mes peurs. Je travaille mon m’aime.
Et si je peux aider certain.e.s d’entre vous à descendre en eux/elles-mêmes à leur tour, en leur tendant la main, en leur montrant qu’ielles ne sont pas seul.e.s sur le chemin de leur vie, qui ne ressemble à aucune autre et qui est la leur, la leur propre… alors j’en suis heureuse.

Et si j’écris seule et que personne ne descend avec moi… je suis heureuse aussi. Car ce voyage, je l’ai entrepris parce que j’en avais besoin. Parce que c’était le moment. Et que je sais qu’une fois que je serai remontée, quand j’aurais accueilli et regardé mes peurs en moi et que je pourrais marcher côte à côte avec elles, et non plus en craignant qu’elles ne me dévorent… alors je serai plus moi-même, plus forte, plus sereine – ou pas. Mais au moins, j’aurais fait quelque chose. Et déjà, j’en suis fière.

Et vous, où en êtes-vous de votre voyage ? Voyez-vous ou avez-vous vu la lumière au fond du tunnel ? Avez-vous trouvé des pairs, une communauté qui vous soutient ? Ou vous sentez-vous encore seul.e ? Hâte de lire vos récits dans les commentaires ci-dessous : vous y êtes les bienvenu.e.s.

Au plaisir et à demain,
avec amour et bienveillance,

Isabelle