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   Tout le plaisir est pour moi : à la recherche du clitoris perdu (sortie le 18 août)

   Par Gildas LE ROUX

PARIS, 15 août 2004 (AFP) – Avec Tout le plaisir est pour moi, une comédie sur le plaisir sexuel au féminin qui sort mercredi, la jeune réalisatrice Isabelle Broué réussit à briser un tabou sur un ton léger et plein d’humour. Résultat : un petit bijou qui pourrait devenir la bonne surprise de cet été.

L’histoire ? Louise, une jeune Parisienne dans le vent incarnée par Marie Gillain, sait ce qu’elle veut dans la vie: elle est libre, fougueuse, heureuse. Bref, tout va bien pour elle. Mais patatras, un jour qu’elle fait l’amour avec son petit-ami François (Julien Boisselier), elle tombe en panne et réalise avec effroi qu’elle a perdu son plaisir sexuel.

Elle panique (« J’ai perdu mon clitoris! C’est épouvantable ! ») et se lance désespérément dans une folle quête pour réparer ce problème de « mécanique ». S’ensuit alors une série d’expéditions rocambolesques chez un sexologue, puis un marabout, et même dans un sex-shop.

Mais derrière les situations comiques, « le fond de l’histoire est grave : Louise est une fille qui n’arrive pas à s’avouer ses propres sentiments, qui n’est pas en accord avec ses émotions, qui se ment, qui fout le bordel« , explique à l’AFP la réalisatrice.

« Elle panique à l’idée de s’engager, et comme par hasard c’est à la veille de présenter son petit-ami à ses parents qu’elle perd son plaisir« , renchérit Marie Gillain.

François, en revanche, est « un être entier, il est amoureux et l’assume, contrairement à Louise. Il n’a pas peur de ses sentiments (…) mais il n’arrive pas comprendre les raisons de ce dérèglement« , ajoute la réalisatrice.

 

Isabelle Broué, dont c’est le premier long-métrage, a voulu parler du clitoris « parce qu’on en parle pas, justement. Comme me le faisait remarquer un médecin, contrairement au pénis, le clitoris n’est même pas étudié pendant les études de médecine parce qu’il ne « sert à rien », à rien d’autre qu’au plaisir. Mais c’est ça qui est beau !« .

Elle décrit son héroïne Louise comme « un trublion qui dérange, en disant les choses qui ne se disent pas, en obligeant les autres à voir en eux des choses que peut-être ils préféreraient ne pas voir, en les poussant à se montrer vrais malgré eux« .

Confrontée à la médiocre vie sexuelle de sa mère (Brigitte Roüan) et de sa soeur (Garance Clavel, hilarante), Louise se rebelle et n’a qu’une angoisse : finir comme elles ! « Le message (du film), c’est qu’il n’est jamais trop tard » pour éprouver du plaisir, confie Isabelle Broué.

Le scénario, écrit et adapté par Isabelle Broué avec la complicité d’Hélène Woillot, donne lieu à des dialogues d’anthologie. Pour preuve ce sexologue quasiment lyrique qui s’exclame devant Louise : « Un clitoris, c’est comme un chat : avant de le caresser, il faut le flatter« .

 

PARIS, 15 août 2004 (AFP) –  « Tout le plaisir est pour moi », premier long-métrage d’Isabelle Broué, sort mercredi. La jeune réalisatrice, 35 ans, avoue avoir eu envie de faire « quelque chose de léger et de ludique » sur un sujet pourtant délicat : les femmes et le plaisir sexuel.

Question : Comment vous est venue l’idée de ce film ?

Réponse : J’avais envie de parler de la sexualité et du plaisir… L’enjeu pour moi était d’aborder la sexualité avec un autre point de vue que ce qu’on voyait habituellement dans les films et les livres. Je ne m’y retrouvais pas, je trouvais ça souvent glauque et sinistre ! J’avais envie de faire quelque chose de léger et de ludique. J’en avais un peu marre de tout ce que je voyais… Dans les débats organisés à l’occasion des avant-premières, c’est étonnant de voir comment les gens s’emparent du mot « clitoris » et prennent plaisir à le dire. Ils franchissent le tabou !

 

Q : Comment s’est fait le choix des acteurs ?

R : J’avais envie de rencontrer Marie Gillain (qui incarne l’héroïne du film, Louise). J’attendais vraiment une rencontre entre le personnage et une comédienne : il fallait qu’elle ait envie de s’amuser autant que moi avec cette histoire-là. Marie, c’était une évidence : le sujet lui a plu, sa seule question, c’était comment j’allais traiter les scènes un peu plus crues : on s’est rencontrées et elle a été rassurée. C’est la première fois qu’elle travaillait avec une fille (derrière la caméra).

Je connaissais Julien (Boisselier, interprète du petit-ami de Louise) depuis très longtemps et on devait faire un court-métrage ensemble qui n’a pas pu se faire pour des raisons de date. Il fallait aussi qu’on trouve un comédien qui plaise autant à moi qu’à Marie.

  Q : Un homme aurait-il pu réaliser ce film? Est-ce un handicap d’être une femme pour diriger un film?

R : Je ne crois pas qu’un homme aurait pu réaliser un tel film, les femmes auraient eu du mal à l’accepter, les féministes lui seraient tombées dessus ! Ce qui fait que les filles s’y reconnaissent, c’est l’auto-dérision.

Je pense que sur un plateau les rapports avec une femme-réalisatrice sont différents. Par exemple, j’ai plus tendance à pleurer qu’à gueuler : au début, ça déstabilise beaucoup, mais comme je préviens, après ça les fait rire et ils attendent que ça passe… Avec moi, ça se passe plus dans le sourire et la rigolade que dans l’autorité.